En ce jour des Rameaux, Chrétiens, allons au-devant de Jésus en rendant hommage à la fois à sa force et à sa tendresse, en lui offrant à la fois nos victoires (qui sont ses victoires) sur nous-mêmes et sur le péchéet notre paix intérieure (qui est sa paix).
Jésus
Ce roi est «humble». Il vint à nous sur un pauvre animal, symbole d'humilité et de douceur.
Un jour il reviendra dans sa gloire pour juger le monde. Mais aujourd'hui il écarte tout appareil de majesté ou de puissance.
Il ne demande aucun royaume visible. Il ne veut régner que sur nos cœurs : «Mon fils, donne-moi ton cœur».
Jésus est le roi des individus et des sociétés humaines. Sa royauté est sociale. Elle s’étend au domaine politique et économique aussi bien qu'au domaine moral et spirituel. Rien n'est étranger àJésus.
La foule qui acclamait Jésus portait des palmes et des branches. Ces branches étaient probablement des rameaux d'olivier, - l'arbre que l'on rencontre le plus fréquemment près de Jérusalem. Les palmes et les rameaux d'olivier ont chacun leur signification symbolique. La palme exprime la victoire, l’olivier exprime la paix et l’onction.
Allons au-devant de Jésus en rendant hommage à la fois à sa force et à sa tendresse, en lui offrant à la fois nos victoires (qui sont ses victoires) sur nous-mêmes et sur le péchéet notre paix intérieure (qui est sa paix).
(Citation de Novalis — Hymnes à la nuit extrait :
........ « .......plus divins que toutes les étoiles
éclatantes, nous paraissent les yeux
sans nombre que la Nuit fait s'ouvrir en nous !....... »
Nous retrouvons dans ce nouveau conte intitulé « Adrian et l’Oiseau des songes », Adrian, ses parents Hélène et Constantin, sa grand-mère Tatiana, Nina la jeune fille au pair. Ces personnages principaux figurent dans un précédent conte intitulé « Le Rêve d’Adrian ».Pour mieux situer les personnages,il m’est agréable de vous présenter tous les acteurs du conte précédent :
Tatianala grand-mère d’Adrian est grande, élancée,son visage fin est éclairé par de grand yeux bleus,elle porte de longs cheveux blond cendréen torsade sur sa nuque. Elle est arrivée à l’âge de dix ans en France en 1917,avec ses parents le Prince et la Princesse Arkharov, maintenant disparus. Comme tous les exilés Tatiana après une longue période d’adaptation à la France, retrouveen elle avec une grande acuité,tous les souvenirsde son enfance, etde sa famille,Adrian son seul petit-fils est son confident préféré, elle a reporté sur lui tout son amour familial et lui raconte souvent ses souvenirs d’enfance de l’ancienne Russie passés dans leurs anciens palais de Moscou et Saint Petersbourg et dans leurs propriétés.Elle séjourne souvent à Paris et pour les vacances reçoit Adrian et ses Parents chez elle dans sa propriété, tout près de Limoges.
Paul Balachovle grand père d’Adrian, estun grand homme long et mince au dos légèrement vouté, sachevelure grisonnante mi longue rejetéevers l’arrièrelaisse voirun long visage mince, ilportesur un nez fin et droit des lunettes légères aux verres cerclées d’argent. Il est et possède vraiment l’allure d’un intellectuel, son savoir est encyclopédique.. Son regard bleu vif et perçant se pose avec intérêt sur toutes choses, il réfléchit, étudie et analyse tous ce qui se passe dans le monde et dans l’environnement.RéfugiéRusse, lui aussi, comme son épouse Tatiana, ils se sont rencontrés par l’intermédiaire des familles Balachov et Ar..... du temps de leur jeunesse ;ilestconférencier international, sa vie se passe en voyages et il n’est de retour dans la propriété que pour les fêtes et périodes de vacances. Quand il est de retour dans la propriété,il aimeavoir autour de lui tous les membres de sa famille à discrétion pour leur racontermille histoires plaisantes glanées dans ses voyages, leur montrer des films documentaires rapportés de l’Etranger, et le reste du temps pourse promener avec eux pour visiter les environs. C’est un homme charmant, mais quand il est là c’est lui qui ordonne en Chef de famille, etpour toute la famille,le planning horaire de la journée, tant pour les distractions que pour les petits déjeuners, repas et dîners. Seule la gouvernante Zelda qui organise elle-même ses journées selon son bon plaisir résiste à son emprise.
Constantin Balachov, dernier enfant de Tatiana et de Paul Balachov, et Hélène son épousesont les parents d’Adrian. Constantin est le fils favori de Tatiana. Il est grand blond foncé ,sur un visage rose et replet, toujours souriant etamusé il porte des lunettes qui laissent transparaître le regard bleu critique etplein d’humour humour qu’il porte sur les actualités et son entourage .Il porte avec élégance une barbe courte de la même teinte que ses cheveux.Hélène son épouse est brune et porte ses cheveux noirs bleutés en torsade sur sa nuque, retenus par une pince de nacre ou un simple ruban develours,de taille moyenne elle est plutôt mincesans excès,et ses beaux noirs sont toujours pétillant de joie et de malice éclairent son visage régulier.Pianiste de grand talent, elle donne des concerts dans le monde entier. Adrian leur fils uniquequi est arrivé dans leur couple est le « grandtrésor »qui comble de joie leurs cœurspleins d’amour pour lui.
Adrian Balachov, notre héros,a six ans, il porte ses beaux cheveux bouclés mi longs, c’est un enfant très vif, intelligent, qui délaisse quelquefois ses études pour s’amuser comme tous les enfants de son âge, mais aussi très sage.Ilaime ses parents et ses grands parents et toutes les personnes qui l’entourent. Zelda la gouvernante de la propriété, et à Paris Lisa, la jeune fille italienne,étudiante « jeune fille au pair,qui l’accompagne dans ses sorties et s’occupe de lui, font tout pour le satisfaire et le gâter, chacune à leur façon. Il est très attachant,fait tout pour leur plaire et sait manifester sa reconnaissance. A la campagne, Sébastien Vidalin,le fils des métayers,de huit ans plus âgé que lui,est son compagnon de vacances et avec lui il découvre les plaisirs de la campagne.
Le soir,les souvenirs de Tatiana sa grand-mère qu’elle lui raconte ouqu’il se remémore avant de s’endormir quand elle est absente, le transportentdans un monde ancien et merveilleux qui le faitrêver,et tous deux ont leurs secrets qu’ils ne dévoilent à personne.
Nina la jeune fille au Pair est italienne,elle est à Paris pour deux anset fait des études littéraires pour se perfectionner en langue et culture française. De taille moyenne, brune avec de longnoir cheveux bouclés qui entourent son visage mince aux pommettes saillantes,tombent cascade sur ses épaules elle est toujours très vive, animée, et parle avec un délicieux petit accent italien. Ses beaux yeux noisette reflètent la gaité et la joie de vivre.Dans de longues promenades avec Adrian elle découvre le quartier Latin et les arrondissements avoisinants. Une fois ses études terminée elle repartira enItalie pour enseigner le Français à Rome « de préférence » espère-t-elle. Elle regrette cependant dedevoir quitterun jour, une fois ses études terminées,la famille Balachov et surtout de se séparer d’Adrian qu’elle affectionne comme un très jeunefrère.
Zelda est la gouvernante de la propriété familiale située à quelques kilomètres de Limoges Zelda n’est pas très grande,ronde avec un visage toujours réjouit, elle porteune frange de cheveux noirs coupés ras tout juste au-dessus de ses sourcils, pour les autres en carré au dessous des oreilles,et de ses grands yeux noirs ronds comme des prunes émaneun regard profond et très doux sur de larges pommettes roses qui font ressortir son teint mat. Sa robe DE travail,large en coutil gris estgarnie au col d’un croquet blanc ainsi qu’aux poignets des manches gonflantes et en bas de la jupe assez longue. Sur sa robe elle porte un large tablier blanc avec de grandes poches, ou elle place souvent quelques friandises pourAdrian, qu’elle connait depuis sa naissance et qu’elle a souvent bercé quand il était bébé. En effet à cette époque elle était montée à Paris pour s’en occuper et seconder Hélène. Souvent le soir quand il fait « frisquet » elle jettesur ses épaules comme une paysanne d’autrefois, un châle en laine mauve ajourétricoté avec art,qui tombeen pointe sur sa taille dans le dos,et tout en elle visage et allure inspireunesympathie immédiate. Son seul « petit chouchou » est Adrian pour qui elle passe beaucoup deson temps à faire des gâteaux et des confitures.
Figurent dans le nouveau conte : Adrian -TatianaArkharov épouse de Paul Balachov, la Grand-mère – Constantin et Hélène Balachov – Nina la jeune fille au pair -l’Oiseau des songes -
Sont simplement cité : Paul Balachov le grand-père – Zelda la gouvernante – Sébastien Vidalin, le compagnon de jeux d’Adrian à la campagne – Les Vidalin, métayers dela propriétésituée près de Limoges –
Voici en fin le nouveau conte
Adrian et l’oiseau des songes
Auteur : lucienne magalie Pons – Janvier 2008 -
Adrian vient de terminer sa toilette du soir. Il regarde l’horloge du salon 21 heures, c’est l’heure pour lui desouhaiterbonne nuit à ses parents, il s’avancent vers eux, Hélène sa maman est assise dans le grand salon en train de lire une nouvelle partition du Concertopour clarinette K622 de Mozart, elle vient de terminer la première partie et commence à déchiffrer la deuxième partie du concerto, ce magnifique adagio qui l’enchante. Constantin, son père,est assis en face de son épouse, et comme à son habitude il lit les nouvelles du soir touten les commentantpar moment à haute voix à l’adresse d’Hélène et de Tatiana sa mère, grand-mère d’Adrian, qui est occupée à broder un napperon qu’elle destine à Adrian pour orner sa table de chevet.
Adrian se dirige d’abord vers sa mère. Hélène relèveson visage et tend sa joue en s’exclamant admirative :
- Adrian tu es magnifique qui t’a offert ce beau pyjama bleu ? ......
- C’estgrand-mère .... Pour mes bonnes notes du dernier trimestre....
- Ah grand-mère Tatiana vous le gâtez trop, ....
Tatiana quitte son ouvrage qu’elle range soigneusement dans une boite à ouvrage d’osier tressé.
- Il ne s’agit pas d’une gâterie ni d’une récompense, simplement d’un encouragement à poursuivre dans cette bonne voie, explique la grand-mère, qui se lève prête à accompagner Adrian comme chaque soir dans sa chambre.
Adrian dépose sur la joue de sa mère deux petites bises légères et celle-ci dépose un baiser sur son front en souriant, puis lui caressant les joues elle ajoute :
- Bonne nuit Adrian, fais de beaux rêves mon enfant et surtout avant de t’endormir n’oublies pas de faire une petite prière.
Tatiana alors intervient
- Soyez sans crainte, j’y veillerai comme chaque soir ma chère Hélène.
C’est au tour de Constantin de recevoir le baiser et le souhait de bonne nuit d’Adrian, il tend ses joues lui aussi en souriant les yeux plissés derrière ses lunettes
- Bonne nuit mon grand garçon, n’oublies pas de régler ton réveil pour te réveiller àSept heures trente demainmatin, ce sera Mercredi et je t’ai promis de t’emmener faire un footingdans le parc du Luxembourg avec moi, il fait beau en ce moment et la météo nous promet un matin ensoleillé, il faut en profiter, le sport c’est la santé !
Adrian s’exclame ravi :
- Bonne nuit papa, je te promets d’être à l’heure, nous prendrons le petit déjeuner ensemble et ensuite nous partirons à l’heure, je te le promets !
- Je n’en doute pas répond Constantin, avant de se replonger dans sa lecture.
Tatiana prend alors la main d’Adrian et comme à son habitude elle annonce à l’adresse des parents d’Adrian :
- Bonsoir mes enfants, je ne reparaitrai pas au salon, je dois me reposer tôt ce soir, n’oubliez pas que je dois demainen début d’après midi repartir chez moi dans ma propriété Limousine et je n’aurai du matin que le temps de prendre mon petit déjeuner , de faire mes valises, de rendre une visite à la chapelle, de faire quelques courses de dernières minutes , parfums et autres petites choses pour offrir à mes amies et à Zelda, Magalie mon amie m’a chargée de lui rapporter aussi le dernier livre de son auteur favori du moment, bref je devrai me lever tôt pout accomplir tout çà. Je vous souhaite une bonne nuit !
Hélène et Andrélui répondirent en chœur
- Bonne nuit maman !, mais Constantin ajouta, « je te conduirai à la Gare bien sûr » ?
Oui mon fils, je vous en remercie, c’est la seule façon d’arriver à l’heure à la Gare, je vous en remercie
- Voyons mère répliqua André, ne me remerciez pas, ce sera tout à fait un plaisir de vous conduire et de m’assurer que vous êtes bien installée dans le train ! Bonne nuitma chère maman !
Hélène alors s’approcha de sa belle mère et l’embrassa en la serrant dans ses bras, Au revoir ma chère mère, je ne serais pas là demain, comme vous le savez, au moment de votre départ, je dois donner en après-midi à 15 heures un concert à Versailles et je dois avant cela répéter avant mon interprétation. J’espère que vous ferez bon voyage et surtout n’oubliez pas,je vous prie,d’embrasser pour nous votre époux qui doit être impatient de vous retrouver. Un bonjour aussi à Zelda nos amitiés aussi à Magalie votre amie.
Tatiana sourit, légèrement ironique
- Oui je vais retrouver ma « tribu », mais croyez moi je vais avoir fort à faire pour tout reprendre en main, quand jela laisse seule Zelda s’occupe à sa façon le plus souvent au jardin ou dans la cuisine à cuire des tonnes de confitures et mon époux Paul Balachov laisse traîner toutes ses affaires et met toutesles armoires en désordre , il est temps que je rentre pour que tout reprenne un cours normal. Heureusement que les Vidalin (les métayers) sont plus consciencieux, je sais que du côté de la ferme je n’ai aucune inquiétude à avoir. Bonne nuit mes enfants,viens Adrian mon petit ange, il esttemps de nous retirer.
Puis Tatiana saisit la main d’Adrian en l’entraînant avec elle.
Hélène et André ne reprirent pas leurs occupations favorites. Hélène se retira aussitôt pour faire sa toilette du soir, Constantin rangea ses magazines La soirée était douce, il était agréable pour lui de la prolonger un petit moment au salon, le temps de fumer une cigarette, ce qu’il ne se permettait jamais en présence de la famille.
Dans la Chambre d’Adrian Nina, la jeune étudiante au pair qui s’occupait d’Adrian ,venait d’ouvrir le lit après l’avoir garni d’un largeédredon et quand Tatiana et son petit fils après avoir traversé un long couloir surgirent à la porte elle leur souhaita« Bonne nuit » et fit mine de se retirer. MaisAdrian la retint.
- Nina ! Nina !Avant de partir aidez-moi, s’il vous plait, à mettre ma sonnerie à l’heure, je dois me réveiller demain à 7 heures trente précises.
- Comment à 7 heures trente, mais c’est demain Mercredi, tu ne feras pas « ta grasse matinée ... »?
- Non Nina, mon père veut me conduire au Jardin du Luxembourg pour faire un footing avec lui et le sport c’est la santé !
- Quelle surprise !Tu fais déjà du sport à l’école, « Cà c’est du nouveau » s’écria Nina, , mais puisque que c’est ainsi, je te préparerai ton survêtement dès ce soir et tu le trouveras demain matin dans la salle de bain ...
Puis saisissant le réveil qui était décoré de Mickey Mousse, elle tourna la clef, ajusta la sonnerie pour l’heure dite et le posa sur la table de chevet d’Adrian près d’une petite veilleuse de nuit, entouréed’un Œuf de Fabergé et d’un oiseauen porcelaine bleu qui semblait prendre son envol, les pattes dressées et les ailes déployées.
Nina se retira enfin et la grand-mère et le petit fils se retrouvèrent seuls agenouillés sur une petite banquette de velours rouge face à l’icône de Saint-Nicolas pour une prière du soir.
Après un moment de recueillement Adrian sauta prestement dans son lit, Tatiana le borda avec tendresse en remontant légèrement les couvertures et l’édredon, puis après avoir déposé un baiser sur son front elle lui recommanda de ne pas oublier d’éteindre la veilleuse après son départ.
- Bonne nuit, mon petit ange, je viendrai prendre le petit déjeuner avec toi et ton père demain matin ;
- Ah ! Grand-mère comme j’en suis content répliqua Nicolas, je te verrai encore un peu plus avant ton départ, je t’aime Grand-mère.
- Et moi donc, tu es mon préféré, c’est notre secret dit Tatiana en mettant un doigt sur ses lèvres, puis elle murmura en souriant malicieusement, surtout ne le dis à personne, ils seraient jaloux ! Bonne nuit mon petit ange.
Puis elle de sa démarche légère et soupleet referma doucementla porte derrière elle pendant qu’Adrian s’écriai :
- A demain Grand-mère, au petit déjeuner !
Adrian n’éteignit pas la veilleuse de suite. Il avait caché le matin sous son oreiller un jeu de patience qui l’aidait à s’endormir assez vite habituellement. Mais cette fois, il n’obtint aucun résultat, l’idée du footing du lendemain matin l’excitait, et il ne trouvait pasle sommeil. Au bout d’un moment il se retourna sur le côté et caressa du regard les objets qui décoraient sa table de chevet autour de la veilleuse.
D’abord le plus précieux, l’œuf de Fabergé que sa grand-mère enfant, il y a bien longtemps, avait emporté de Russie, ensuite le réveil de Mickey, et enfin l’Oiseau bleu de Porcelaine que Nina lui avait offert il y avait quelques mois en déclarant « Voici un cadeau, Voici l’Oiseau des songes ».
Peu à peu un demisommeil le gagnait, il tendit mollement sa main pour éteindre la veilleuse et à ce moment làil lui sembla avant de s’endormir tout à fait que les ailes de l’oiseau bleu se déployaient t et qu’il prenait son envol.
Il dormait paisiblement depuis quelques minutes quand il se retrouva en rêve, au côté de l’Oiseau des Songes, dans une nuit étoilée, sur un rayon lumineux de Lune qui leur servait de branche, mais cette fois l’Oiseau de porcelaine était tout à fait vivant , fait de chair et de plumes soyeuses, les yeux vifs et perçants, il chantait sur l’air du deuxième mouvement du concerto pour clarinette de Mozart (l’adagio) , en battant des ailes,et miracle ils arrêta son chant et se mit à parler : Viens avec moi Adrian disait l’Oiseau viens en Russie dans le pays merveilleux de ta grand-mère, je vais te faire survoler ses plaines ,ses montagnes, ses torrents, ses fleuves, ses ruisseaux et ses rivières, ses toundras,sa neige éternelle et ensuite nous nous poserons à Moscou, dans l’ancien Palais de ta grand-mère,où se prépare une grande fête.
- Comment y parvenir questionna Adrian ? La Russie est bienloin de nous ...
- En rêve tout est possible, chanta l’Oiseau, il te suffira d’étendre tes bras comme des ailes et de me suivredans mon envol, nousplaneronsvers l’Est sur un rayon deLune, et tu verras nous serons rendu à la vitesse de la Lumière dans ce pays merveilleux.
-Tu en es bien sûr Oiseau des Songes ?
- Crois moi chanta l’oiseau et en prenant son envol, ouvre tes bras, suis moi !
Adrian saisit tout à coup d’une impulsion mystérieuse ouvritses bras et, soudain léger comme l’Oiseau, se mit à glisser avec une vitesse vertigineuse sur le Rayon de Lune. En quelques secondes il vit apparaître toutes les différentes régions de la Russie et tous deux, l’enfant et l’oiseau des Songesarrivèrent sur Moscou. Puisils se posèrent en entrant par une large baie ouverte dans le grand salon illuminé de l’ancien Palais Arkharov qui se trouvait situé en bordure d’un grand fleuve.
Adrian ferma ses ailes et se retrouva sur ses pieds ; sans attendre l’Oiseau en voletantle dirigea vers une grandeune horloge lumineuse dont les flèches doréesindiquaient l’heure et le temps,et l’horloge aussitôt se mit à sonner, et là encore, par la magie du rêve, Adrian comprenait ce qu’elle chantait :
- « nous sommes à 22 heures de la nuit 6Janvier 1912, un grand bal se prépare dans le grand salon, dans un instant tu vas retrouver tes ancêtres et leurs invités, parés de leur plus beaux atours, ta grand-mère Tatiana encore enfantn’assistera pas au bal. Toi Adrian venu d’un autre temps que je n’ai pas encore compté, pour ne pas rompre le charme des heures et troubler l’ordre du temps,tu ne devras pas te montrer, il est temps de te dissimuler derrière les tentures de la baie,la fête va commencer. »
Dirigé par l’OiseauAdrian se retrouvadissimuléprès d’une baie, derrièreune lourde tenturede velours rouge brodés d’or et d’azur.
- Comment verrais-je lebal, s’inquiéta Adrian, derrière cette tenture je suis dans l’obscurité...
L’oiseau des Songes arrêta son chant, et d’un coup sec de son bec il ouvrit une petite fente dans le velours à la hauteur des yeux d’Adrian, puis il alla se poser sur le rebord de la baie pour assister lui aussi au spectacle de la fête.
Il était temps ! La Fête commençait ! Tout au fond du grand salon un orchestre s’installait, chacun des musiciens accordait son instrument, on entendait surtout des accords de violons qui ressemblaient à des« miaulements » de chats , puis quand tous furent prêts et bien installés à leur place, le Chef d’Orchestre leva la main et s’éleva alors dans le Salon une musique merveilleuse .........
Pendant ce temps par les innombrables portes du Salon gardées chacune par quatre gardes en tenues d’apparat, entraient par petitgroupe les Princes et les Princesses, ancêtres d’Adrian, et à leur suiteleurs invités, tous habillés à la mode du temps. Tatiana avait tant de fois décrit ses ancêtres à Adrian qu’il n’eut aucune peine dans son rêveà reconnaître dans l’assistance la Princesse et le Prince Arkharov, parents de sa grand-mère et toute leur parenté.Il fût surpris de leur jeunesse, mais il se souvintqu’il se retrouvaiten 1912.
Des serviteurs chargés de plateaux d’or sur lesquels se trouvaient des coupes de champagne et des zakouskis firent alors leur apparition et allaient de groupe en groupe. Les invités se saluaient entre eux, se parlaient,tous sesouriaient et paraissaient heureux de se retrouver pour cette soirée. Ils se servaient sur les plateaux que leur présentaient les serviteurs, et goutaient avec une mine gourmande et réjouie le champagne et les gâteaux. Une atmosphère de fête, avec en ambiance de fond la musiqueaérienne de l’orchestre, tout s’animait peu à peu dans le salon, décoré de grandes vasques de plantes et de fleurs, les centaines de gouttesde cristal des lustres scintillaient de mille feux. Les robesdu soir des princesses et des dames invitées qui se déplaçait pour se saluer et bavarder entre elles, au moindre de leurs mouvement, s’étalaientautour d’elle en corolles de soie ou de velours de différentes couleurs, parme, bleu nuit, rose fuchsia, blanche rebrodé d’or, pailletées ou brodées, et au regard émerveillé d’Adrian toutes ces dames paraissaient des fleurs géantes. Elles portaient toutes des bijoux dans leurs cheveux blonds ou bruns coiffés en torsades sur la nuque ou en couronnes tressées autour de leur front. Leurs bijoux étincelants sous les lumières au moindre mouvement, des colliers de perles et d’or autour de leur coup, des bracelets précieuxautour de leurs poignets et des bagues merveilleuses et fines à leurs doigts, et jusqu’à leur fines chaussures assorties à leurs toilettes les faisaient ressemblerà des fées lumineuses. Les princes et les invités, tous élégants,habillés à la mode du temps, portaient des smokings noirs sur de belles chemises de soie blanche délicatement plissés et brodés, ornées autour du coup d’ un nœud papillon, des montres précieuses à chainettes d’or étaient glissées dans le gousset de leur gilet et des boutons de manchettes assorties ornaient leurs poignets, les Princes portaient au doigt une bague armoriée et leurs invités portaient des bagues précieuses . Presque tous portaient de fines moustaches, des cheveux blond ou bruns finement ondulés, comme il était de mode à l’époque et certains encore portaient des cheveux mi long à l’ancienne mode et une barbe soigneusement taillée. Un parfum délicieuxembaumaient le salon et parvenait non seulement de la salle mais du parfum des fleurs des Jardins qui entrait par la baie etse mêlaient au parfum des fleurs et des plantesdisposées dans les vasques dusalon.
Adrian était envoutépar la musique qu’il entendait en rêve et presque enivré par toutesces senteurs qui parvenaient jusqu’à lui aussi bien du salon que des jardins par la baie ouverte. Il lui semblait revivre « en vrai »les récits de sa grand-mère Tatiana, et pourtant ce n’était qu’un rêve. Le bal annoncé par le Prince Arkharov allait commencer. Les serviteurs se retirèrent avec leurs plateaux vides.
Pour faire place à la danse, les invités se placèrent à droite, à gauche et au fond du salon, face à l’orchestre. Il y eu un court silence, puis le Chef d’orchestre leva la main et à la première notela Princesse et le Prince Arkharov ouvrirent le bal, suivis par les couples d’invités, les robes s’évasaient en corolles au rythme de la valse , les bijoux jetaient milles feux, d’autres danses s’enchaînaient les unes après les autres, des mazurkas, des polkas, des marches et aussi des danses d’époque. Toute l’assistance dansait, Adrian avaient l’impression de voir danser des fleurs géantes dirigées et soutenues par les messieurs. Tout lui paraissait merveilleux, il avait envie d’entrer dans le bal et de danser lui aussi, mais l’Oiseau des songes lui murmura doucement :
- Tu ne dois pas te montrer, le charme serait rompu, on ne peut pas contrarier le temps.
Par moment entre les danses, une pause intervenait, les musiciens se reposaient un peu en se rafraichissant discrètement, les serviteurs revenaient dans la salle chargés de plateaux recouverts de mignardises et d’autres boissons délicates, par moment des dames sortaient de leur petit réticule de délicats éventails qu’elles agitaient avec grâce près de leur visages pour se rafraîchir, ou de fins mouchoirs de dentelles pour essuyer discrètement leurs joues et leurs mains, des messieurs rajustaient leur col ou leur pochette, puis les danses reprenaient et ainsi jusqu’à la nuit expirante, presque à l’aurore naissante, ce fut comme un tourbillon, pendant le temps irréel très long d’un rêve mais en réalité très court dans le sommeil.
Le bal s’achevaient, les invités saluaient et prenaient congé de la Princesse et duPrince Arkharov, les dames en révérences, les messieurs en inclination, et se retiraient les uns après les autres ravis et heureux. Les musiciens rangeaient leurs instruments,Le salon n’était pas encore tout à fait vide, mais l’Oiseau des songes, prévint Adrian.
- Il est temps de rentrer nous devons quitter le bal avant l’entrée du jour, il reste encore un rayon de Lune pour nous reconduire en France, viens vite ouvre tes bras, suis-moi. L’Oiseau des songes reprit son envol suivi d’Adrian sur un rayon qui allait vers l’Ouest et dans un très court temps de quelques secondes, Adrian se retrouva dans son lit douillet, émerveillé, a demi éveillé, encore presque plongé dans son rêve, il tendit la main machinalement la main et alluma la veilleuse, l’oiseau de porcelaine bleu,muet, figé dans son envol, luisait doucement comme à son habitude sur la table de chevet, Adrian se frotta les yeux, dans la pénombrela vue desmeubles de sa chambre le ramenèrent à la réalité, le réveil de Mickey marquait21 heures 30 à peine, il éteignit la veilleuse et serendormit tout aussitôt.
A 7 heures trente le réveil de Mickey sonna très fort, Adrian tiré de son sommeil vit que les premiers rayons du jour traversaient ses fenêtres. Avant de se lever ilposa ses yeux sur l’oiseau de porcelaine bleu et avant de faire sa prière du matin il murmura « Vole mon bel oiseau, je sais que sous ton corps de porcelaine tu vibres comme unoiseau bleu, désormais si tu le veux tu accompagneras une autre fois encore mes rêves dans monpays merveilleux »
A quelques temps de là, un matin,Adrian posa une question à Nina qui était occupé à le coiffer.
Dis-moi Nina, d’où vient l’oiseau de porcelaine bleu que tu m’avais offert ?
Ah cet oiseau bleu a une histoire. L’année passée, tu t’en souviens,j’étais partie en Russie avec mes parents pour visiter Moscou je suis entré chez un antiquaire, il y avait de beaux objets anciens en porcelaine dans sa boutique, une odeur de fleursflottait dans l’air ,j’avais l’impression de me trouver dans un passé ancien, j’ai tout de suite vu l’oiseau qui était près d’une cage doré ou chantait un rossignol, j’ai été séduite par son chant, l’oiseau vivant n’était pas en vente et il me semblait que l’oiseau de porcelaine bleu tendait ses ailes pour s’envoler vers moi, je n’ai pas résisté à son invitation muette, il était si fin, si beau et paraissait si léger , j’ai voulu l’acheter, mais l’antiquaire, un vieil homme qui portait une longue barbe blanche et une tunique rouge,m’a dit , prenez le Mademoiselle, je vous l’offre Mademoiselle, un souvenir qui vient d’un Palais de Moscou ça ne se refuse pas, et j’ai fini par l’accepter comme un cadeau précieux et en rentrant à Paris, j’ai pensé à te l’offrir.
Pourquoi Nina ?
Pour partager avec toi mon plaisir et mon amour des oiseaux. Et quand je retournerai en Italie l’Oiseau des songes te fera penser à moi.
Je ne ferai pas que penser à toi ma Nina, je viendrai te voir en Italie quand je serai plus grand, maman me l’a promis,et puis j’emporterai ma clarinette pour te jouer un arrangement del’adagio du concertopour clarinette.de Mozart.
Oh mon petit ange ce sera merveilleux ! Nous visiterons Rome ensemble et tu verras là-bas, chez moi, tout le monde chante presque aussi bien que les regrettés Luciano Pavarotti et La Callas, nous irons au concert ensemble, nous irons dans les pizzerias manger des pizzas comme tu les aimes,nous visiterons le Vatican et l’Eglise Saint-Pierre de Rome, tu verras des splendeurs.
L’heure de partir était arrivée, Nina et Adrian le cœur joyeux remplis de ces beaux projets se précipitèrent le cœur joyeuxdans l’ascenseur, il faisait un beau soleil dans les rues du quartier Latin, l’école d’Adrian se trouvait rue Saint Jacques, ils y furent rendus en quelques dix minutes en remontant de la FontaineSaint Michel, dontles eaux aussi chantaient, pourreprendrela rue Saint Séverin qui conduisait à la rue de l’école, la directrice sur le devant de attendaient ses élèves. Adrian se dirigea vers sa classe en sifflotant discrètement l’adaggio de Mozart et dans sa tête il était déjà dans le futur en Italie àRome. Par deux fois sa maîtresse dut le rappeler à l’ordre,
Adrian, je sais que tu aime Mozart, mais arrête de siffloter comme un oiseau, viens au tableau et dessine moi un oiseau. Ce sera ta punition.
Adrian rouge de plaisir et non de confusioncomme le pensait sa maîtressese dirigea allègrement vers le tableau, il choisit une craie bleue et comme il était doué aussi pour le dessin il dessina un bel oiseau bleu, dressé sur ses pattes et les ailes déployées comme s’il prenait son envol.
La leçon qui portait sur la révision desadditions et des soustractions reprit son cours, Adrian s’appliqua à l’écouter, puis interrogé il répondit parfaitement à toutes les questions,deuxplusdeux font quatre,deux moins deux font zéro, que deux plus un font trois et ainsi de suite .....
La maitresse satisfaite lui accorda un dix !
Une bien belle journée se déroulaitpour Adrian ,l’histoire de l’Oiseau bleu, lefutur des projets de voyages en Italie, un dix à l’école, un beau soleil sur Paris, tout lui était merveilleux comme dans un rêve ! Ainsipour les enfants le rêve et la réalité bien souvent se confondentet font d’un jour ordinaire un jour exceptionnel.
Comme les Rois Mages suivons le Chemin de de la Foi, de l'espérance et de la charité pour rencontrer Jésus et l'accueillir dans notre Vie, il est vivant sur la terre comme au ciel
Sujet : En 1946 en Algérie, ORGHILLIA, une petite fille de 12 ans, ma compagne de jeux à la Ferme des Eucalyptus pendant les vacances, vient m’annoncer son prochain mariage avec un Touareg propriétaire de dattiers dans le Sahara, de trente ans son aîné et qu’elle n’a jamais vu. Elle voudrait s’enfuir. Toutes deux nous essayons de trouver le moyen de la faire s’échapper à ce triste sort, hélas nous échouons et ORGHILLIA toute voilée de bleu partira vers le SAHARA ou le mariage sera célébré.
LE MARIAGE D’ORGHILLIA
Vers les années 1944 une femme habillée en touareg portant voile bleu, le visage découvert, très fin à la peau brune, accompagnée d’une petite de dix ans environ, s’était présentée à la Ferme des Eucalyptus pour demander du travail à mes Parents. Il était très rare de voir en Algérie du Nord des touaregs, sinon lorsqu’ils venaient caravane avec leurs chameaux chargés de dattes du Sahara pour les commercialiser sur les marchés et repartir en suite avec des produits d’alimentation, farines, couscous, etc.Aussi l’arrivée d’Orghillia et de sa mère était un évènement inhabituel dont je ne connais pas encore à ce jour le motif que je ne connaîtrais jamais. Mes parents ont certainement dû savoir ce qu’il en était réellement, mais discrets, ils prenaient leurs décisions sans expliquer aux enfants le "pourquoi et le comment" lorsque qu’il s’agissait d’affaires qui ne nous concernaient pas.
Toujours est-il que la maman d’Orghillia fût engagée à la Ferme, installée dans une petite maison qui se trouvait dans un petit bois d’Eucalyptus, à une trentaine de mètres des bâtiments, en bordure d’une allée qui conduisait à la route vicinale qui menait vers le Douar. Mon père lui avait donné pour mission de garder un champ de luzerne de deux ou trois hectares et de lui signaler le passage des troupeaux de mouton qui passaient sur la route vicinale pour rejoindre le Marché de Maison-Carrée et y être vendus. Il était fréquent que leurs bergers s’arrêtent au bord de ce champ pour casser la galette et pendant cette pause mon père acceptait qu’ils fassent brouter leurs moutons sur le côté du champ, mais sans l’envahir, et il permettait aussi que les moutons s’abreuvent dans le grand fossé d’arrosage et parfois même, si les troupeaux venaient de loin, qu’ils s’abritent pour une nuit sous un grand hangar qui se trouvait bâti à proximité de la cour de la ferme, à droite du bassin de retenue des eaux d’arrosage (une sorte de petit barrage dans lequel se déversait presque continuellement l’eau fraiche du puits puisée par une pompe à essence, qui avait remplacé la noria traditionnelle). En principe les bergers surveillaient bien leurs moutons, et ainsi la maman d’Orghillia pouvait vaquer tout tranquillement à ses occupations.
Ma mère lui rendait souvent visite et elles se faisaient entre-elles des petits cadeaux, ma mère lui portait du fil, des aiguilles, des petits objets ménagers etc.… et en retour elle recevait quelques makrouts aux dattes ou d’autres petites spécialités telle que cornes de gazelle ou encore zalabias.
Quand à moi, les jeudis et pendant les périodes vacances je m’amusais bien volontiers avec Orguillia une ou deux heures par jour, le reste du temps je m’occupais à faire mes devoirs, à aller au catéchisme, à lire et à m’amuser avec mes frères, mais à ce moment là Orghillia suivant les consignes de sa mère ne participait pas à nos jeux, elle n’avait pas le droit de s’amuser avec les garçons.
Orguillia était très fine de visage, avec de grands yeux de gazelle, brillants, vert noisette aux reflets dorés, étirés vers les tempes, et depuis qu’elle était à la ferme, sa mère la coiffait à la mode algérienne de ce temps, c’est à dire en tirant ses cheveux noirs bleutés sur la nuque pour les former en une longue queue, recouverte de ruban, qui pendait toute raide presqu’à sa taille. Je la trouvais très jolie, nous nous amusions à sauter à la corde, à la balle, à la poupée, et peu à peu par geste, et en habituant Orghillia à parler français, nous arrivions très bien à nous comprendre et un jour Orghillia s’exprima tout a fait suffisamment en français pour que nous nous comprenions au mieux.
Or le temps passait et nous grandissions toutes deux sans trop nous en apercevoir et un jour, pendant les vacances de Pâques, alors que je me trouvais tout en haut du mimosa des quatre saisons devant notre maison, installée sur une branche providentielle qui avait une forme adaptée à une position confortable, où je passais de bonnes heures à lire mes livres préférés, j’entendis Orghillia m’appelant de dessous l’arbre et me faisant signe de descendre.
J’obtempérais immédiatement pensant qu’elle voulait s’amuser un moment avec moi. Mais d’un air très préoccupé Orghillia saisit ma main et m’entraîna pour m’asseoir à ses côtés sur un grand tronc d’eucalyptus qui se trouvait couché au sol et qui servait de banc tout près du puits.
Elle m’annonça d’emblée la nouvelle étonnante : ... écoute, Lucia, ma mère va me marier et dans quinze jours une caravane du Sahara viendra me chercher et je ne te verrais plus.
Cette nouvelle surprenante me sidéra :
- Comment tu n’a pas encore treize ans et ta mère veux te marier ?
- Oui c’est comme ça..
- Tu connais ton fiancé ?
-Non, je ne l’ai jamais vu ! C’est mon oncle du Sahara qui a tout arrangé et le facteur a porté la lettre à ton père qui l’a lu à ma mère, et elle est d’accord. C’est ton père qui a « écrit sur un papier" ce que voulait ma mère et le facteur l’a emporté.
Je me sentir saisir d’une surprise extrême. Comment mon père avait-il pu aider un tel projet en écrivant la lettre, alors qu’Orghillia était à peu près du même âge que le mien ? Une sorte d’inquiétude s’installa dans mon cœur.
- Comment peux-tu accepter de te marier sans connaître ton fiancé ?
- C’est comme ça chez nous, et je le verrai pour la première fois le soir du mariage.
J’allais de surprise en surprise :
- Et s’il était laid ? Ou méchant, ou bien .... etc.... etc. … (J’imaginais le pire), qu’est-ce que tu feras ma pauvre Orghillia ?
-Je ne sais pas, je ne pourrai pas me sauver dans le désert, je pourrais mourir de soir, de faim, mais ma mère m’a dit qu’il était riche, il possède des dattiers dans des oasis au Sahara et il a des chameaux, il habite dans la plus grande tente, c’est le chef des autres ...
- Comment ? Comment ? ... le chef des autres ? Il a quel âge ...
Je ne sais pas, mais ma mère m’a dit qu’il avait à peu près son âge à elle, qu’il était veuf et père d’une fille et d’un garçon.. Voilà c’est comme ça ! Mais moi, je ne veux pas me marier, j’ai peur.
Je me sentis cette fois toute indignée. Un vieux de quarante ans, veuf avec des enfants !
- Ce n’est pas possible, tu ne peux pas accepter, tu dois refuser !
Pour moi qui lisait avec curiosité, pour me distraire, entre deux volumes de Victor Hugo ou d’autres auteurs sérieux , des histoires à l’eau de rose écrite par Delly où l’on pouvait voir des héroïnes courtisées et ensuite aimées "d’amour" par des lords ou des princes , jeunes, beaux et riches, qui les adoraient pour l’éternité (romans que me passait en douce une des mes camarades de classe et qui me délassaient de la lecture des Misérables de Victor HUGO et autres œuvres d’auteurs célèbres au programme de la 6me,( tel qu’Homère), je me sentis toute indignée et lui déclarais avec énergie :
-Tu ne te marieras pas avec un vieux, tu es trop jeune aussi bien pour lui que pour un jeune, tu dois refuser, tu entends ? Plus tard tu rencontreras, j’en suis sure ton « vrai fiancé », tu dois refuser, dire non à ta mère, et d’ailleurs moi je vais aller voir mon père et ma mère et je vais leur dire que tu ne partiras pas d’ici pour aller te marier avec cet homme , tu es trop jeune, tu ne l’as jamais vu, tu ne te marieras pas je te le garantis !
Orghillia effrayée de ma subite intention, me fit comprendre que rien n’y ferait et qu’il valait mieux que je n’en parle pas à mes parents car si sa mère l’apprenait elle pourrait la punir d’avoir fait "des histoires".
Je me calmais peu à peu, cherchant une autre solution, mais soudain Orghillia me dit qu’elle avait une idée. Elle m’expliqua que si je voulais bien l’aider, elle se sauverait pour aller travailler comme aide ménagère dans la ville. Orghuilla n’avait vu la ville que deux fois dans sa vie ; en effet mon père m’emmenait parfois au grand Marché de Maison-Carrée et par deux fois j’avais insisté pour qu’Orghillia vienne avec nous.
- Il suffirait que tu me prête un peu d’argent pour prendre le car au Hameau des Eucalyptus.
Je réfléchis un moment, j’avais un peu d’argent de poche, le problème n’était pas là ; je la questionnais :
- Comment vas-tu faire pour trouver du travail ?
- Je ferais comme ma mère quand elle est venue ici, quand je serai dans la ville je demanderai au gens du travail ........
- Tu crois ?Tu crois que tu en trouveras ?
Orghillia me répondit d’un air désespéré :
- Il faut que je me sauve...tout de suite, tout de suite !
- Tout de suite, tu es sûre de vouloir partir ?
- Oui maintenant.
-Bon d’accord, je vais chercher l’argent dans ma chambre, attends moi à l’entrée de l’allée.
Je revins au bout d’un moment. la maison était grande, ma mère affairée ne m’avait vu ni entrer ni sortir ; j’avais pris le temps de faire une virée dans la cuisine pour prendre un morceau de pain, un ou deux fruits, et de l’eau dans une bouteille thermos, pour le voyage d’Orghillia.
Je traversais vivement le jardin et à la suite une sorte de grande place arrondie recouverte de graviers, qui se trouvait entre la maison et le début de l’allée, pour rejoindre au plus vite Orghillia, et nous nous engageâmes toutes deux sans réfléchir sur l’allée romaine bordée d’oliviers qui menait à la route nationale. Cette allée d’environ huit cent mètres, se terminait par deux grands palmiers de chaque coté et donnait accès à la route départementale.
Arrivées là, Orghillia me demanda de l’accompagner jusqu’au Hameau des Eucalyptus ou le car s’arrêtait et chargeait les voyageurs pour Maison-Carrée. Cela faisait à peu près deux bons kilomètres à parcourir. Je n’osais pas refuser pour ne pas la peiner, mais je savais parfaitement que je désobéissais en allant sans être accompagnée par un adulte sur la route départementale. Mes parents nous l’interdisaient formellement. J’enfreignais donc cette interdiction et désobéissais la mort dans l’âme, persuadée qu’il fallait sauver Orghillia.
Nous avions fait à peu près un kilomètre et venions de dépasser l’entrée de la ferme de nos voisins, la route départementale bordée de très haut Eucalyptus, allait sous le ciel bleu, comme un large ruban gris tout droit devant nous jusqu’au Hameau dans le lointain, quand soudain j’aperçus à l’horizon fonçant dans notre direction trois motos side-car qui ne tardèrent pas à se trouver à notre hauteur.
L’une des motos s’arrêta, un gendarme en descendit fit signe à ses collègues de stopper au bord de la route et de l’attendre, puis il s’avança vers nous. C’était mon oncle qui appartenait à la Brigade de gendarmerie de Maison-Carrée qui se trouvait devant moi ! Je crus que la foudre venait de tomber à mes pieds.
Ou vas-tu comme ça ? Ou allez-vous toutes les deux toutes seules... qu’est-ce que tu fais sur la route ?
Sous le feu de ses questions je n’en menais pas large...mais prenant un air naturel et innocent j’eus une réponse toute simple :
On se promène......comme d’habitude.
Comme d’habitude ?...Sur la route ?... tu sais bien que c’est dangereux, vous auriez pu être attaquées par des bandits. Allez, venez, montez dans le side-car je vais vous reconduire à la Ferme.
Aussitôt dit, aussitôt fait nous fûmes reconduites "manu militari" en un quart d’heure devant la maison. Il n’y avait pas à discuter.
En arrivant, nous trouvâmes ma mère en train d’examiner l’horizon à notre recherche et qui fût toute surprise de nous voir débarquer du side-car de son frère.
Elles étaient sur la route nationale, se promenant soi-disant comme d’habitude, informa mon oncle.
Comme d’habitude ? J’en parlerai à son père, on réglera ça à son retour. Toi Orghillia va chez toi, ta mère doit s’inquiéter, je lui en parlerai aussi.
Je compris que ma mère ne voulait pas régler le problème devant mon oncle, elle l’invita à déjeuner, mais il était en mission et regretta de ne pouvoir rester.
Orghillia s’était enfuie en courant vers sa maison. C’est la dernière fois que je l’ai vu. En effet sa mère ne la laissa plus sortir dehors elle était maintenant promises en mariage et n’était plus considérée comme une enfant, elle devait se plier aux coutumes, et quand j’allais tourner autour de sa petite maison, sa mère me faisait comprendre que je devais retourner chez moi « vas t’en , c’est pas la peine de venir voir Orghillia, ta mère a dit que tu dois pas venir lui donner des mauvaises idées »
Quelques semaines après les femmes du douar un beau matin se rassemblèrent chez la mère de la promise. Dans la matinée arriva une caravane de touaregs avec leurs chameaux. Ils ne restèrent pas longtemps à la ferme. En début d’après-midi, je vis sortir de la maison un homme qui tenait dans ses bras une forme entièrement recouverte d’un voile bleu. Je devinais que c’était Orghillia qui partait pour ses noces au Sahara. L’homme, probablement son oncle, la chargea sur un chameau, et la caravane s’ébranla accompagnée des youyous stridents des femmes du Douar. Je me sentis impuissante et mon cœur se serra.
Sa mère était du voyage. Je ne les ai jamais revu, ni l’une ni l’autre, et trois années passèrent, sans aucune nouvelle. Mais un jour le facteur porta une lettre à la ferme, ma mère l’ouvrit. et la parcourue rapidement :
« Orghillia vient de donner naissance à un petit garçon, elle doit avoir seize ans maintenant, c’est bien jeune pour avoir un enfant, mais c’est ainsi chez eux, ce sont leurs traditions et coutumes, nous ne pouvons pas leur imposer les nôtres »« et je le regrette bien ! », ajouta-t-elle.
Je n’avais rien à dire ni à répondre. Orghillia venait d’avoir un bébé ; je commençais moi-même à devenir une vraie jeune fille, mais je ne m’imaginais pas alors que quelques trois ans plus tard je me marierais moi aussi, mais bien entendu à la mode de chez nous, c’est-à-dire en acceptant moi-même mon futur époux.
Lucileouvre les yeux.Un premier rayon d’aurore traverse les persiennes et fait brillerles meubles de chêne, lesfrisesdu plafond se précisent, la chambre sort de la pénombre le matins’avance,le jour va prendre place et ce sera l’heure du lever. Aujourd’hui premier juin jour de l’anniversaire de ses 7 ans, il n’y a pas école en ce beau dimanche et Lucilese lèvera verssept heures, un peu plus tard que les autres jours,pour se préparer à assister à la messe de 10 heures du village voisin distant de sept kilomètres. Nous sommes dans une grande propriétéen Algérie en 1942. Lucile encore à demi endormie tend l’oreille pour capter les sons qui luiparviennent atténuésde l’extérieur etde la grande salle, située tout au fond de la grande maison tout au bout d’un long couloir,elle perçoit les voix de ses parents quise concertent pour organiser la journée. Ses frères l’aîné et le benjamin, sont certainement déjà sortis pour s’amuser dans la grande cour au-delà du jardin qui longe la maison. Desoiseaux gazouillent derrière ses persienneset de temps en temps elle entend aboyer Mirka la chienne de chasse, miauler Thérésina la chatte blanche aux taches noires et fauves qui se promène sur les toits et de plus loin arrivent les cris des volailles de la basse cour.
Tous ces bruits familiers du matinaccompagnent son éveil et retiennentLucile encore un peu dans son lit, avant d’aller faire sa toilette et de se présenter dans la grande salle pour le petit déjeuner. Ensuite elle partira à la messe du village. Ce sera une demi-heure de calèche, où installée sur le siège avant avec le cocher elle pourra admirer le paysage qu’elle connait depuis toujours.
Pendant ce trajet, Lucile au fil des saisons découvre avec émerveillement au printemps les tendres pousses vertes des arbres renaissants, les fleurs et les fruits en bourgeons, en été les floraisons de fleurs sauvagesdans les près et dans les blonds champs de blés d’or prêts à la moisson , en automne les vignes chargées de raisins blancs et rouges que les vendangeurs cueillent et chargent dans des corbeilles de roseaux tressés, des deux côtés de la route, les grands arbres aux feuillesmordorées de vert, de bronze et d’orangequi bientôt aux premiers vents se détacheront des branches et tourbillonneront pour atterrir sur lesol brunen le décorantd’un tapis aux couleurs éphémères, en hiver les grands arbres dénudés tendant vers le ciel gris leurs branches givrées de gel étincelant comme du diamant sous les rayons du soleil.
Après avoir écouté un moment sa symphonie pastorale, Lucile toujours dans son lit, se remémore son rêve de la nuit, une belle dame en longue robe blanche parsemée de fleurs des champs,aux longs cheveux blond vénitien s’était avancée vers elle en songe, tenant sur son cœur une rose rouge, semblant surgir d’un nuage blanc parsemé de paillettes dorées et s’adressant à elle lui avait dit :
-Je suis Flora, Déesse du printemps, je préside àla naissance des fleurs en toutes saisons. Ce matinquand tu seras de retour de la Messe vers Midi , va dans le grand jardin de fleurs où se trouve le plus haut des rosiers, celui que ton père a planté le jour de ta naissance, près du grand cyprès et du petit cours d’eau vive, une rose viendra te délivrer un message. Mais surtout ne confies ton rêve à personne sinon la rose restera muette.
Après avoir dit ces mots la Déesse disparut dans un nuage lumineux et Lucile se souvint qu’à la fin de son rêve elle s’étaitalors réveillée l’espace d’une seconde puis rendormie d’un trait jusqu’au matin.
Lucile n’était pas surprise de ce rêve, comme tous les enfants elle faisaitsouvent des rêves insolites,tantôt merveilleux et d’autres fois, terrifiants. Ce matin elle jugea que c’était un rêve insolite et merveilleux. Intriguée et pressée de connaître le Secret de la Rose, Lucile seleva prestement, fit sa toilette puis se présenta dans la grande salle où sa maman une belle femme au visage gracieux, rempli de douceur avec de jolis yeux noisettes, préparait le petit déjeuner :
-Bonjour maman ! regardes j’ai fais ma toilette, j’ai mis ma belle robe de mousseline blanche, ma ceinture et mes babies vernis , je suis pressée d’aller à la messe et de revenir, je dois à mon retour me promener dans le jardin des fleurs est-ce que la calèche est prête ? Et puis c’est mon anniversaire aujourd’huiet je suis « toute contente » !
-Mais oui Lucile , réponditsa mère en se pendant vers elle pour déposer un baiser léger baiser matinal sur son front, tout en caressant ses joues,Bon anniversaire ma chérie,tu as aujourd’hui sept ans c’est l’âge de raison et j’ai remarqué ces temps derniers que tu devenais de plus en plus raisonnable, nousfêterons ton anniversaire cet après midi ; j’ai préparé des gâteaux et nous avons invités nos amis desfermes voisines qui seront là près de nous avec leurs enfants. Ce sera une bien agréable journée Maistu dois d’abord prendre ton petit déjeuner et ensuite j’arrangerai tes cheveux. Nous n’avons pas de temps à perdre ! Tes joues sont bien fraîches, as-tu bien dormi ma fille ?
-Oh ! oui maman comme un ange !
-As-tu fait de beaux rêves, Lucile ?
Lucile hésita un instant, elle n’aimait pas mentir, comment détourner la question ?
-Oui un peu sans doute …. répondit-elle simplement.
-Bien c’est parfait mon petit ange, répondit la maman tout en lui servant son petit déjeuner, prendsta tasse de lait et croque ta tartine sans tarder,je dois brosser tes cheveux et faire tes tresses, veux-tu des rubans roses ou bleus pour les nouer ?
-Je voudrais les rubans bleu ciel assortis à ma ceinture de satin bleue, tu sais ceux quegrand-mère m’a envoyés pour mon anniversaire, ils sont là dans mon sac à main.
Lucile désigna le petit sac à main en satin bleu cielqu’elle portait en bandoulière, l’ouvrit délicatement et en sortitles rubans de satin.
Pendant que sa mère brossait et tressait ses cheveux, Lucile pensait qu’elle pourrait dès le retour de la messe aller dans le jardin comme le lui avait demandé la Déesse de son rêve et recevoir le message de la rose.
-Ne bouges pas Lucile, je vais attacher tes tresses, … voila, c’est faitBon recules toi un peu, place toi en face de moi que je vois si tout va bien ensemble … Attends je vais tirer un peu le bas de ta jupe pour ajuster ta robe, et puis il faut un peu desserrer ta ceinture, tout doit rester souple pour bien tomber, voila …c’est bien …
A ce moment-là le Père de Lucile entra dans la pièce ; c’était un homme blond de haute taille, mince, élancé avec un beau visage clair, souriantet des yeux bleus couleur myosotis, il arrivait d’une promenade dans la Ferme et ôta son écharpe que sa femme déposa soigneusementsur le porte -manteau.
-Bonjour Manou dit-il à sa femme, puis s’adressant à Lucile, Bonjour ma fille, Bon anniversaire ma petite douce, comme tu deviens grande, te voilà prête ! tu es toute belle, viens embrasser papa ! Tu sais vers midi nous fêterons ton anniversaire et il y aura beaucoup d’invités avec leurs enfants, Tes frères sont partis ce matin à la petite messe avecnos amis de la Ferme voisine, ils resteront chez eux jusqu’à midi etreviendront avec euxdans l’après midi pour fêter l’évènement.
-Je te sers un café Laurent ?, proposa la maman
-Oui Merci, je vais m’installer sur la petite table près de la fenêtre. Le Soleil s’est levé de très bon matin, presque au chant du coq et je suis sorti presque aussitôt, et bien crois-moi l’air état déjà tiède !
Puis il s’installa à la petite table ronde près de la baie ouverte.
Lucile s’approcha joyeuse et déposa un petit bisou sur la joue dorée de son père, il fleurait bon la lavande mais sa joue « piquait » un peu car il ne s’était pas encore rasé.
-Papa « tu piques » il faut aller te raser !
-Je vais prendre un caféet ensuite j’irai me faire beau ! Allez, Lucile, il est temps que tu partes, ne t’attardes pas pour ne pas arriver en retard à la Messe, salues pour moi ta Maîtresse de catéchisme et Monsieur le Curé et surtout soies bien sage avec le cocher pendant le voyage, ne lui parles pas trop pour le laisser guider la voiture tranquillement.
La maman revenait de la cuisine tenant par l’anseune cafetière rouge à pois blancs qui tenait le café bien au chaud et une tasse assortie et après avoir servi son marijeta un dernier coup d’œil sur la toilette de Lucile.
- Parfait, Lucile, essaies de ne pas salir ta robe, prend cette gerbe de roses blanches et roses, tu l’offrira à taMaitresse de catéchisme, Mademoiselle Gentille ; j’ai préparé cette gerbe tout spécialement pour elle , avec ce feuillage léger c’est frais et délicat, tout à fait ce qu’il faut à son caractère discret ,tu la lui donnera de ma part avec mes compliments en faisant une petite révérence et en lui souhaitant une bonne fête , nous sommes aujourd’hui le premier Juin, c’est ton anniversaire mais c’est aussi le jour de sa fête ,n’oublie pas de demanderau cocher de porter directement chez Monsieur le Curé cette corbeille de fruits et légumesque je vais amener jusqu’à la voiture , sa gouvernante est prévenue, nous lui avons déjà envoyé hier un gigot d’agneau et des bouteilles de vin, ainsi ils auront un bon repas sur la table en ce Dimanche ; et surtout n’oublies pas de prier à la Messe pour remercier le Bon Dieu et la Sainte Vierge de tousde tous leurs bienfaits. En sortant de la messe, tu iras choisir des friandises à la Boulangerie Juansur la place. Soies polie avec tout le monde, et n’engage pas de toi-même une conversation avec des adultes, mais si on s’adresse à toi réponds gentiment, je compte sur toi pour te montrer discrète et bien élevée. Promets-moi de ne rien oublier de tout ce que tu dois faire, Lucile, je compte sur toi !
-Oui maman, répondit fermement Lucile, je te le promets !
-Et aussi tiens toi bien droite et la tête bien haute, ce n’est pas élégant de marcher courbée et d’avancerla tête basse et en avant, ce n’est pas ton cas bien sur, mais tu dois dès à présent apprendre à te tenir
-Oui, maman, répondit en souriant Lucile, je marcherai en me tenant bien droite, mais quand je serai vieille, vieille, très vieille, je marcherai peut-être toute courbée comme la « vieille, pauvre ratatinée » Aïcha qui porte en plus sur son dos des fagots de serments de vigne pour faire du feu dans son four arabe.
- Aïcha n’est pas « vielle, pauvre, ratatinée », comme tu dis,surveilles ton langage, ça ne se dit pas,elle est âgée et usée certes, maiselle est très heureuse de pouvoir s’activer pour aider sajeune voisine Ouardia ,laquelle avectoussesjeunes enfants n’arrive pas à faire« tout »toute seule.
Lucile confuse de la petite leçon qu’elle venait de recevoir, se haussasur la pointe des pieds, et présenta ses joues roses piquetées de minuscules taches rousseur à sa mère qui y déposa deux petits baisers légers. C’était toujours ainsi que se terminait leur conversation, même assortie de quelques remontrances.
-Allez ! C’est le moment de partir, ma fille, le cocher t’attend ! Je vais te conduire jusqu’à la voiture. Dis au revoir à ton Père etensuite viens vite, suis moi.
Dans la cour devant les bâtiments extérieurs,drapédans son burnous de laine blanche et coiffé de son Fez rouge à gland de soie noire, Mohammed Benjelloul un kabyle blond aux yeux bleus attendait très droit et impassible tout près de la calèche attelée du vieux cheval Bibi. Dès qu’il aperçut Lucile et sa maman venir vers lui il s’avança vers ellesd’un pas pressé, les salua, les déchargea de la gerbe de fleurs et du panier de fruits et les plaça délicatement dans le coffreà l’arrière de la voiture.
Ce faisant les pans de son burnous flottaient légèrement et laissait entrevoir sa légère gandourad’été blanche en toile fine d’où dépassaient les jambes de son sarouel resserré au-dessus de ses chevilles sur des bas blancs soigneusement tirés. Il portait pour ce Dimanche ses élégantsescarpins en cuir noir vernis à talons plats qui contrastaient avec la blancheur de ses vêtements et ses pas agiles rappelaient à Lucileceux d’une danseuse en ballerine.
Puis il se pencha vers la petite fille la cueillit comme une plumeet avant même qu’elle neréalisa qu’il l’avait soulevé dans un envol de mousseline elle se retrouva assise sur le siège gauche avant de la calèche.
- Mohammedtu la surveilleras avant la messe et aprèsne lui laisse pas plus de dix minutes
pouracheter ses friandises chez Juan, qu’elle ne se laisse pas entraîner à perdre du temps dans le village avec ses petites camarades, aujourd’hui c’est son anniversaire ,nous avons des invitéset il faudrait qu’elle soit de retour vers Midi au plus tard. Je te fais confiance Mohammed !
Puis elle se retourna vers sa fille :
-Et toi Lucile ne l’oblige pas à être sévère, soies obéissante et respectueuse avec lui.
- Tenez Mohammed, voici la liste des commissions et l’argent nécessaire.
Puis elle s’éloigna pour traverser la cour en faisant un signe d’aurevoirtout en se retournant quelques fois. Quand elle eut dépassé toute la largeur de la courpour rejoindre l’entrée de la maison, Mohammed qui jusqu’à là s’était tenu droit comme une sentinelle en tenant le licol du Cheval,contourna la calèche , s’assura que le coffre était bien fermé, puis cérémonieux prenant soin de ne pas froisser les plis de son burnousde laine,il monta prestement sur le siège avant de la calèche, à sa place de cocher , à droite de Lucile, qui s’occupait de lisser les plis de sa jupe sous elle et de s’ajuster au siège pour se tenir bien droite.
- Tu es prête demanda Mohammed ? Tiens le montant gauche bien fort, je vais faire partir la voiture.
Le vieux cheval qui assurait journellement le trajet le matin et le soir aller et retour de la ferme au village et du village à la Ferme, depuis que les restrictions d’essence de la deuxième guerre mondiale ne permettaient plus de prendre l’automobile même le dimanche, avait été choisi pour son comportement calme et pacifique.
-Tu es prête demanda Mohammed ? Tiens le montant gauche très fort je vais faire partir la voiture
Puis il donna symboliquement en l’air un claquement de fouet, le reposa dans son étui à sa droite etcria d’une voix claire en tirant sur les guides :
-Allez hue ! En avant, Bibi !
Un seul commandement de départ suffisait au vieux cheval Bibi, il démarra d’untrot régulieret s’engagea au-delà de la grande cour dans l’allée recouverte de granit rose damée que son père avaitautrefois faitaménageret qu’il avait baptisée « La voie Romaine », bordée de caroubiers,longue de 400 mètres environ, pour rejoindre la route Nationale qui conduisait au village blotti à sept kilomètres de là au pied d’une colline verdoyante creusée à mi-hauteur de la cicatrice d’une carrière de chaux. . Lucile bien droite assise sur le siège avant à côté du cocher attendait impatiemment d’arriver au bout de cette allée pour que la voiture puisse s’engager à droite sur la route nationale bien lisse et plus soupleoù les roues tourneraient plus facilement et où le cheval Bibi peinerait mois. Pensive elle pencha la tête à gauche vers son épaule et ne regardant plus l’allée, elle se mit à réfléchir à une question qui la préoccupait depuis sa plus jeune enfance. La différence naturelle qui existait entre les animaux et les humains lui paraissait injuste et cruelle. Elle était consciente des fatigues que les animaux enduraient pour servir les humains et cela froissait son doux cœur d’enfant.
« PauvreBibi pensait-elle , je te plains beaucoup et je suis confuse de te faire endurer cette peine, j’espère que tu ne souffres pas trop, je voudrais tant pouvoir t’aider en me faisant plus légère, mais c’est impossible, que faire, que faire ? Mon père m’a appris que quand la guerre serait finit, l’essence ne serait plus rationnée et que nous te mettrons en retraite, mon vieux Bibi, alors tu passeras toutes tes journées dans les prés verdoyants de la fermeet le soir dans l’écurie bien propre sur de la bonne paille. Alors voilà Bibi ce que je vais faire, à la Messe je prierai en demandant au Seigneur que la guerre se termine trèsvite pour le bien de tous les soldats et de tout le monde entier et pour toi aussibien sûr mon bonvieux cheval Bibi, j’espère qu’il entendra ma prière et que tu seras bientôt libéré de tes corvées comme les prisonniers de guerre. »
Cependant que Lucile intérieurement dialoguait en sens unique avec Bibi, ce dernierparfaitement guidé par Mohammed étaitarrivé au bout de l’allée, la calèchevenait de s’engager sur la route nationale etfilait plus légère, les sabots de Bibi frappaient plus régulièrement l’asphalteet Lucille le ressentit aussitôt. Elle abandonna ses pensées et tournant la tête à droite elle jeta un coup d’œil sur Mohammed. D’après son visage elle savait si elle pourrait engager une conversation avec lui ou s’il valait mieux ne rien dire. En effetMohammed avait deux visages celui des bon jours et celui des mauvais jours. Il lui sembla qu’il avait son visage des bons jours puisque ses sourcils n’étaient pas froncés sur son front.
Lucile savait que suivant les règles de politesse que lui inculquaient ses parents, les enfants ne doivent jamais adresser la parole à un adulte en premier, et cette règle était à appliquer avec tous les adultes Or bien qu’il setrouvait au service de sesParents, Mohammed était adulte et Lucile se mit à réfléchir au moyen de la faire parler le premier. Une fois la conversation engagée, elle savait qu’elle saurait la maintenir jusqu’au village.
Tout en réfléchissantLucile voyait défiler de magnifiques plantations qui s’étendaient à perte de vue à droite et à gauche de la route nationale, des champs de blé encore verts, des vignes aux feuilles tendres, de grands espaces couverts d’arbres fruitiers de toutes sortes orangers, amandiers,citronniers, dontcertains en fleurslivraient leur parfum, des pâturagesoù s’ébattaient ou paissaient des animaux, vaches, veaux, taureaux, brebis, agneaux et moutons , des enclos ou caracolaient des chevaux et poulains, un vrai panorama De temps en temps des fermes distantes de la route d’environ 400 mètres entourées de jardins de fleursd’oliviers et de grands arbres, cyprès et palmiers s’offraient à sa vue. Des oiseaux voletaient de part et d’autre dans un ciel sans nuage et lorsqu’elle regardait en face d’elle elle voyait la colline qui se rapprochait au fur et à mesure que la voiture avançait,couronnée tout en haut d’un Ciel d’azur et d’un Soleil éclatant,et tout ce spectacle de la nature ravissait son âme.
Mais tout au fond d’elle-même l’envie de faire partager son émerveillement à Mohammed la tenaillait et elle cherchait le moyen de le faire parler le premier. Elle décida de tenter une petite stratégie et prenant son mouchoir dans son petitsac elle se mit à se moucher et à toussoter en répétant ses toussotements de plus en plus souvent.
Mohammed qui trônait sur le siège à côté du fouet dont il ne servait jamais, occupé à guider le cheval et à surveiller la route, jeta un regard vers elle et s’inquiéta :
- Tu tousses ? Tu as froid ? Tu veux que j’arrête la voitureetpasser à l’arrière sous la capote de la calèche, tu auras moins froid ?
- Non, non, répondit-elle, merci, mercije n’ai pas froid, mais tu vois ce sont tous ces parfums de printemps, ca m’irrite un peu les narines,la gorge, mais ce n’est pas grave et d’ici, de l’avant,je vois tout, c’est merveilleux, surtout les fleurs, les oiseaux, et les animaux.
Enfin la conversation était engagée et elle entendait questionner Mohammed sur les fleurs, son sujet du jour ;
-Mohammed, tu aimes les fleurs ?
-Euh, oui un peu …..répondit laconique Mohammed
-Ta mère Aïcha aime les fleurs, elle a un Eglantier dans sa cour qui donne presque en toutes saisonsdesfleurs comme des roses chiffonnéesd’un rose tendre délicatque mon père appellent« Les demoiselles Eglantines d’Aïcha » mais dans le jardin de mon pèreles Roses sont des « Dames », il y en a même qui sont nommées du nom d’une Dame célèbre, Madame ceci, Madame cela etc… ;si ta maman fait pousser son Eglantier c’est qu’elle aime les fleurs , elle me l’a dit d’ailleurset si elle aime les fleurs tu doit aussi les aimer, n’est-ce pas ?
-Euh oui !
La conversation tournait presque au monologue, mais cela arrangeait Lucile qui pouvait enfin s’étendre à plaisir sur son sujet du jour.
-Tu sais, Mohammed, les fleurs ont un langage etje vais te le raconter, si tu veux ?
- Euh ! Oui ……. répondit encore Mohammed qui s’appliquait à bienconduire la voiture, je veux bien ca ne me dérange pas.
Il ne restait plus que troiskilomètres à parcourir sur les sept pour arriver au village et il pensa que cela ne le gênerait pas trop pour conduire l’équipage à bon port.
- Par exemple, repritLucile commençons parleMyosotis, je sais un poème de Théophile Gauthier, c’est ma grand-mère Agathe qui me l’aappris et ce poème dit : … « Les Myosotis aux fleurs bleues, me disent « Ne m’oubliez pas »…. Et tu sais pourquoi ? Parce que selon une légende ancienne il y a très très longtemps, il paraît qu’au Moyen Age en Allemagne un Chevalier et sa Dame se promenaient au bord d’une rivière tumultueuse, presque un fleuve, et le Chevalier, voulant lui offrir un myosotis qui se trouvait au bord des eaux , s’est penchéet avant d’être emporté par les flots a eu le temps de jeter la petite fleur bleue au cœur rouge à sa Dame en lui criant d’une voix suppliante : « Ne m’oubliez pas ! ». C’est beau et c’est triste, n’est-ce pas Mohammed ?
- Euh oui !
-Et puis le lierre par exemple, c’est une plante, mais lui aussi a un langage il dit « Je meurs ou je m’attache » et ma grand-mère Agathe m’a tout expliqué à son sujet. Elle m’a dit que les enfants comme une petite pousse de lierre doivent s’accrocher de toute leur force à leurs parents pour bien grandir, comme le lierre s’attache au mur pour ne pas rester à terre et périr. Er ensuite elle m’a offert deux bracelets d’argent sur lesquels étaient gravés des lierres.
-Ta grand-mère à raison, elle parle toujours bien, répondit Mohammed soudain intéressé.
- Oh oui ! Et elle connait bien des choses, des contes, des poèmes, et elle sait broder et justement quand elle brode assise sur le banc du jardinje m’asseyeprès d’elleet elle me parle ; par exemple, sur les roses et les fleurs, elle sait tout ! Non seulement pour les cultiver mais encore sur leurs symboles et leurs langages ; elle m’apprend aussi des poèmes où l’on parle de fleurs. Par exemple elle me dit de la Rose blanche que c’est un signe de pure amitié et de la Rose Rouge un symbole d’amour pour les grands bien sur, duBleuet que c’est un symbole de pureté des sentiments et de délicatesse, et du Lys un symbole royal d’amour pur , mais moi tu vois Mohammed j’aime toutes les fleurs sans exception , mais si je devais choisir une fleur pour son symbole je choisirai l’Iris dont ma grand-mère m’a dit qu’il annonçait toujours d’heureuses nouvelles. C’est un Messager comme le Dieu Mercure des anciens grecs, j’ai vu ça dans un dictionnaire.
Cette fois Mohammed ne répondit pas, on arrivait près du village niché sur le flanc de la colline, la route montait en cote douce et il était occupé à ralentir l’allure du cheval afin que celui-ci ne se fatigue pas trop.
Lucile voyant que le cocher ne l’écoutait plus, se mit penser àPaul, un petit garçon blond aux yeux bleus vifs,beau et sage, qu’elle espéraitretrouver avec ses camarades , filles et garçons du catéchisme, sur le parvis de l’Eglise, où tous avaient l’habitude de se réunir un petit moment en attendant l’heure de la Messe. Paul lui plaisait, c’était son camarade garçonpréféré, et en pensant à luielle mità réciter en elle-même en effeuillant symboliquement une Margueritteimaginaire « je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout » et avec la pureté de l’enfance elle choisit secrètement et pour elle seule parmi cette gamme de sentiments « je t’aime beaucoup »,un « beaucoup » qui lui semblait bien suffisant et moins dangereux que « passionnément » et « à la folie » dont elle ne comprenait pas très bien le sens et la démesure en dépit de quelques vérifications qu’elle avait pu faire ces derniers temps ,à plusieurs reprises, dans différents dictionnaires.
Pendant ce temps la calèche arrivait à l’entrée du village. Mohammed serra les guides :
- Oh ! Oh Là ! Oh !Bibi, Oh Là…….ordonna-t-il d’un ton ferme et Bibidocile après quelques petits trots se mit à l’arrêt sur le côté droit de la route.
Mohammedfixa les guides en les enroulant sur une sorte de crochet qui se trouvait à l’avant droit , puis sautant sur la route il fit quelques pas vers l’arrière de la calèche d’où il sortit une boîte en bois contenant une brosse, un chiffon et quelques grelots de bronze. Avec son attirail il se dirigea vers Bibi qu’il commença à éponger vigoureusement pour lui enlever toute sa sueur ; une fois BiBi sec, il prit la brosse et peignit soigneusement ses crins, sa crinière et sa queue, ensuiteil ajusta le mors dans la mâchoire du cheval, vérifia les harnais d’attelage et enfin accrocha quelques grelots à son collier. Puis il rangeât tout son attirail dans la boîte en bois qu’il replaça dans le coffre. Enfin il fit le tour de la calèche en examinant soigneusement les roues et les essieux : tout était propre et bien en place et Mohammed satisfait reprit sa place, ajusta soigneusement son fez et les plis de son burnous, jeta un œil vers Lucile pour voir si elle se tenait bien droite, et reprenant les guides il ordonna cette fois :
- Hue Bibi, allez Hue ! … en avant, Goudem, Goudem, tout droit, tout droit !…….
Requinqué par sa petite pause Bibi reprit sont trot vivement,redressant lui aussi sa tête en faisant sonner ses grelots. Au fur et à mesure qu’il avançait pour rejoindre la place de l’Eglise qui se trouvait à environ 800 mètres, Mohamed se tenait de plus en plus droit et cérémonieux et Lucile elle-même l’imitait regardant droit devant elle sans plus parler.
Lucile était habituée àce rituel qui était recommandé par son père au cocher et que ce dernier n’oubliait jamais d’accomplir à la lettre. Ilconvenait d’entrer dans la rue principale du Village avec un équipage frais et propre, pour soutenirune excellenteréputation solidement établie de « bonne tenue » qui ne devait pas s’exposer à d’éventuelles critiques. Tout comptait dans la réputation d’une famillede nos anciennes colonies ; l’éducation,la bonne tenue de la famille, de ses ouvriers, des cultures, du cheptel,de la Ferme en général et il convenait en entrant dans le village de montrer la propreté et la fraîcheur des équipages.
Alors que défilaient les bâtiments, immeubles, villas et commerce du village, la calèche ,dépassant sur la droitela Mairie,se trouvaà l’entrée de la Place de l’Egliseentourée et plantée de grandsarbres, tout juste au pied de l’allée centrale qui conduisait directement au parvis de l’Eglise.
.Mohammed ralentit l’équipage en tirant légèrement sur les guides, mais le vieux cheval qui connaissait les lieux et les habitudes était presque déjà arrêté
-Oh là ! Oh là Bibi, Ohla ! … bon c’est bien … Repos ! Repos ! …..
La voiture était arrêtée sur le coté de la place juste avant l’entrée de l’Allée principale. C’était le moment de faire le point, Mohamed se tourna vers elle :
- Te voilà arrivée, tes camarades sont déjà devant l’Eglise, je vais te laisser là et tu pourras les rejoindre,ensuite j’irai garer la voiture dans la petite rue derrière la Boulangerie et je donnerai un peu d’avoine au cheval, pendant qu’il mangera tranquillement attaché au poteau, je porterai directement la corbeille de fruits et légumes chez Monsieur le Curé, ensuite j’irai faire les commissions pour ta maman la « Moulchia » (la Patronne) et acheterdes cigarettes pour le Moulchi ( le Patron) et à la fin de la Messe tu me trouveras ici. Ne bouge pas, je vais t’aider à descendre.
Sitôt dit, sitôt fait, le Cocher prestement descendit de la calèche et la contournant vers l’arrière il s’avança vers l’avant et saisi Lucile comme une plume pour la déposer dans un tourbillon de mousseline blanche et de ruban bleu sur la Place de l’Eglise, comme un paquet cadeau !
Lucile rectifia les plis vaporeux de sa jupe et s’éloigna pour rejoindre ses camaradesqui se tenaient au bas duParviset lui faisaient des signes de bienvenue, elle s’appliquait à marcher bien droite comme sa maman le lui avait recommandé, quand elle entendit des pas précipités derrière elle. C’étaitMohamed qui lui portait en courantla gerbe de fleurs.
-Voilà les fleurs pour Mademoiselle Gentille de la part de ta maman,Bon !tu as bien compris sitôt après la messe je te retrouverai en bas de l’Allée.
Lucile impatiente de retrouver ses camarades s’irrita avec impertinence les joues subitement en feux et les yeux pleins d’éclairs d’orage :
-Non pas tout de suite après la Messe, j’auraibesoin de 10 minutes pour allerchoisirmes friandises, c’est toi qui m’attendras, tu entends tu m’attendras,je n’ai pas à me presser pour personne, donc tu m’attendras !
Il arrivaitparfois à la petite Lucile de prendre un ton sans réplique et elle avait justement accentué impérativement ces mots « donc, tu m’attendras » et elle s’aperçut tout aussitôt en voyant Mohammed vexé froncer ses sourcils sans mot dire en serrant sa mâchoires qu’elle venait de commettre une impertinence en oubliant la recommandationque ses parents faisaient aussi bien à ses frères qu’à elle-même quand à la façon de s’adresser aux adultesde toutes conditions qui travaillaient chez eux : « surtout n’oubliez pas qu’ils travaillent pour la ferme et qu’ils ne sont pas à votre service ; vous n’avez aucun ordre à leur donneret au contraire référez vous à eux si nous ne sommes pas là pour demander une permission ou autre chose dont vous pourriez avoir besoin, et le toutsans faire de capriceset avec politesse »
Lucile pencha sur sa poitrine un visage aux joues rouges cette fois deconfusion :
-Écoute-moi Mohammed, je ne voulais pas tecommander, simplement te dire que je voulais aller acheter des friandises après la Messe, si tu en es d’accord, prononça-t-elle d’une voixcalme et claire malgré son trouble.
Puis elle leva la tête et regardant Mohammed en face elle attendit sa réponse :
-C’est d’accord 10 à 15 minutes, pas plus d’un quart d’heure, nous devons arriver à la ferme avant votre repas deMidi et tu sais que ton père veut toujoursque nous arrivions à l’heure.
-Je ferai comme tu dis, Mohammed 10 à 15 minutes pas plus
Mais en même tempselle sedit en elle-même : je neme suis pas excusée, j’ai dit « je ferai comme tu dis », et je n’ai pas dit non plus « j’obéirai je te le promets », comme le voudraient mes parents, mais pour ce jour bien sur je l’écouteraiet ne prendrai que 10 minutes, et tout en pensant cela elle se disait aussi qu’elle avait commis une faute et qu’elle devrait en parler en confession le jeudi prochain à Monsieur le Curé. Cela lui vaudrait en pénitence une série de cinq Pater ou Ave à réciter, mais cette éventualité lui parut peupénible et tout aussitôtelle se dit « si je l’écoutais sans répondre, il me ferait marcher au pas de course après la messe pour monter dans la calèche, lui il n’a que ça à faire, c’est sontravail, comme il dit, maispour moi c’est « mon dimanche » et en plus aujourd’hui mon anniversaire , je lui ai répondu donc, mais bien sur trop vivement »
Lucile comme nous pouvons le voir avait de bons et de mauvais côtés comme tout les enfants, elle était sociable, aimaitétudier et recevoir l’enseignement des adultes, et tout son cœur était tourné dans l’admiration de la nature, maiselle ne supportait aucune réflexion de son cocher qui avait été aussi son gardien dans sa toute petite enfance et qui autrefoislui passait tout, alors qu’au fur et à mesure qu’elle grandissait, devenait de plus en plus distant et ferme avec elle. Il ne m’aime plus, autrefois je l’aimais presque autant que mes parents et encore aujourd’hui je l’aime presque autant, mais s’il continue à me donner des ordresje crois que je ne l’aimerai plus du tout.
Toute cette réflexion intérieure lui avait pris quelques minutes et ses petites camarades les plus proches s’étaient avancées vers elleen sautillant :
-Bonjour Lucile, viens pressons nous, la Messe va commencer, il faut rejoindre le rang devant le parvis.
Elles pressèrent le pas s’avançant vivement dans l’allée centrale pour rejoindre le porchealors que les fidèles se trouvaient déjà dans l’Egliseet que les enfants du catéchisme se formaient rang sur le parvis pour y pénétrer, les plus petits devant et les plus âgés derrière en longue file.
Enfin elles y arrivèrent,Lucile fit une petite révérence à Mademoiselle Gentille en lui offrant la gerbe de la part de sa maman tout en lui souhaitant bonne Fête. Mademoiselle Gentille alignait les garçons à droite et les filles à gauche des marches de l’Eglise et le capucin pressé de fermerles deux grandes portes de l’Eglise leur faisait signe de se presser. En attendant que Monsieur le Curé et ses enfants de chœur arriventdevant l’hôtel pour commencer l’Office, La Directrice de l’école Mademoiselle Brochas une excellente musicienne et chanteuseet qui de plus dirigeait la Chorale de l’Eglise jouait de l’orgueà la galerie supérieure, une musique douce etaérienne, qui semblait venir du ciel transportés par les Anges. Les enfants se placèrent dans les premiers rangs qui leur étaient réservés. Mademoiselle Gentille fermait le premier rang des filles, assise droite comme un « i » son chapeaunoir de paille d’Italie bien droit sur sa tête, orné d’une légère voilette qui auréolait son front. L’orgue se tut, la Messe commençait, le prêtre au pied de l’autel et les enfants de cœur un à sa droite l’autre à sa gauche et un derrière firent le signe de croix ainsi que toute l’assistance. Tous les enfants s’agenouillèrent regardant attentivement l’Autelpuis posèrent leurs mains jointes sur la tablette qui surmontait le banc en récitant intérieurement « Je m’approcherai de l’autel de Dieu, du Dieu qui réjouis ma jeunesse », puis ils ouvrirent leur missel pour lire en silencele Psaume 42 qui figurait dans le livre traduitenFrançais sur la colonne droite en face du texte en latin, puis le Prête dit le confiteoren latin et toute l’assistance répondit à voix haute la prière« Je me confesse à Dieu tout puissant …… »Pendant cette prièreil fallait à un certain moment dire « C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute « et comme leur avait appris Mademoiselle Gentille qui les surveillait du coin de l’œil aucun d’entre eux ne manqua en prononçant ces mots de poser la main droite sur leur cœur par trois fois avec un vague sentiment de culpabilité ; à la fin de cette prièrele Prêtre se tourna vers l’assistanceles bras étendu et pria pour les fidèles, en déclarant une première fois en latin et une deuxième fois en français « Que Dieu tout puissant vous fasse miséricorde et que vous ayant pardonné vos péchés, il vous conduise à la Vie Eternelle. Ainsi soit-il. »
Lucile qui n’avait pas la conscience tranquille en raison de son attitude orgueilleuse envers Mohammed tout juste avant la messe et de la conclusion intérieure qu’elle en avait tirée se senti soudain soulagée. Bon pensa-t-elle c’est sur j’ai péché et j’ai été orgueilleuse et j’ai eu de mauvaises pensées, je viens de réciter le « Je me confesse » et le Prêtre a demandé à Dieu de nous pardonner nos péchés, donc je suis sure qu’il sera entendu, parce que Monsieur le Curé est aussi grand qu’un Saint et que le Bon Dieu l’aime tant qu’il l’exaucera et que je serai pardonnée. Et pour consolider ses pensées tout en se levant, s’agenouillant, s’asseyanten même temps que ses compagneselle perdit le cours de la messe pour réciteren elle-même dix « Je vous salue Marie » en lui demandant à la fin dechaque prière « priez pour nous pauvres pêcheurs maintenant et à l’heure de notre mort, ainsi soi-t-il »
Pendant ce temps la Messe se poursuivait à son rythme et elle s’aperçut qu’elle avait raté l’Introït, l’Epitre et l’Oraison et elle se pencha vers sa compagne pour retrouver la bonne page du Missel.L’assistance à ce moment là se levaet elle fit comme tous les fidèles unpetit signede croix sur son front,ses lèvres et sa poitrine, pendant que le Prêtre prononçait la prière de Purification avant de prêcher l’Evangile. Le prête prêcha pendant un bon quart d’heure, mais Lucile écoutait plus sa voix que les mots et le sens de l’Evangile, elle était un peu remuée par toutes ses prières intérieures et se demandait maintenant si elle devrait en plus se confesser le jeudi prochain pour effacer totalement ses péchés qu’elle grossissaitau fur et à mesure que la Messe se déroulait.
Elle en avait de nouveau perdu le fil et contemplait les statues des Saints et des Saintes qui ornaient l’Eglise, sur sa gauche elle arrêta son regard sur la statue de Sainte Thérèse qui tenait sur son cœur en levant ses yeux suppliants auciel. Ah se dit-elle, Sainte Thérèse effeuillait les roses et envoyait les pétales à Notre Seigneur Jésus Christ et maintenant figée en statue elle ne peut plus le faire de cette terre qu’elle a quittée, auParadis il y a sûrement des roses et sans doute en offre-t-elle au Bon Dieu, au petit Jésus et à la Sainte Vierge.
La Chorale entonnait le « Tantum Ergum » accompagné à l’orgue par Mademoiselle Brochard. Les sons harmonieux la ramenèrent à l’Office de la messeet elle chanta le dernier couplet avec tous les fidèles. Elle se souvenait que c’était l’un des chants religieux préféré de sa grand-mère Agathe et regretta qu’elle fût loin d’elle. Puis vint le temps de la quête, elle fouilla dans son petit sac et avec un joli sourire déposa unepiécette dorée dans la corbeille en estimant quela valeur de ce que l’on donne ne suffit pas et qu’ilfautdonner selon ses moyensavec bon cœur et sans regret, c’est le geste qui compte pour ceux qui comme moi n’ont que leur argent de poche regrettant de n’en pouvoir donner plus.
Les prières finales s’égrenaient, Lucile les récitait machinalement tout en regardant cette fois la statue de la Sainte Vierge tout au-dessus de l’autel. La Sainte Marie portait sur son voile bleu une couronne de roses naturelles, vestige un peu défraichi de la Fête du couronnement de la Vierge qui avait été célébré en procession le Dimanche précédent.
Il n’y avait pas eu de communion des fidèles au cours de cette Grand-messe (la communion des fidèles avait lieu pendant la « petite messe » du matin) et quand le Prêtre se retourna pour « l’Ite Missa Est », Lucile et ses petites compagnes en rang discipliné se dirigèrent vers la sortie pour s’envoler enfin sur le parvis comme une volée de bergeronnettes tout en bavardantentre elles.
-Viens avec moi Albine, proposa Lucile,je dois passer à la Boulangerie pâtisserie chezMonsieur Juan pour acheter des bonbons et des friandises, je t’en ferais gouter, mais je ne pourrais m’attarder hélas, je dois rejoindre ma voiture très vite parce que mon cocher me l’a demandé et je ne veux en aucun cas le fâcher en le faisant attendre.
-Ah c’est dommage je voulais que tu viennes un moment chez moi nous aurions pu nous amuser un moment et cueillir des fleurs dans le jardin
-Eh bien je te le promets nous le ferons dimanche prochain, mais aujourd’hui c’est mon anniversaire et nous devons être rentré pour Midi.
Albine embrassa son amie
-« Bon anniversaire », Lucile ! tiens voici un cadeaupour toi, dit-elle et elle sortit deson petit sac unepetite médaille de la vierge en émail Bleu !
-Oh comme elle est belle ! Aides moi à la passer sur ma chaîne d’argent, Merci, Mercide tout mon cœur.
Les friandises achetées elles en goutèrent un peu et se séparèrent très vite .Le cocher attendait à l’emplacement prévu.
-Je ne t’ai pas fait attendre, j’espère que tu es content Mohamed ?
- Oui c’est bien ! , je suis content, mais maintenant il faut y aller.
La voiture s’ébranla et le voyage du retour comme l’aller permis à Lucile de bavarder encore pour passer le temps ;Il faisait plus chaud qu’au matin et pour se protéger du soleil Mohammed avait relevé la capote avant de la calèche , mais cela ne la gênait pas pour admirer le paysage et le retour se passa plus vite qu’elle ne l’avait prévu.Bibi le vieux cheval pressé de retrouver son écurie pressait son trot.
Dès qu’ils arrivèrent à la ferme Lucile demanda la permission à sa mère d’aller faire un petit tour dans le jardin.
-Oui tu peux y aller mais pas plus d’un quart d’heure, nos invités vont arriver et tu dois te trouver avec nouspour les accueillir. .Donne-moi ton petit sac, je vais le ranger et fais attention de ne pas abîmer tes chaussuresdans le jardin, suis les allées et évite de t’approcher des fossés et rigoles d’arrosage, vas voir les grands rosiers et tu me diras en revenant si les roses sont bien écloses. Hier soiril y en avait quelques unes d’épanouies, les roses et les jaunessurtout, mais les rouges du grand rosier n’étaienttout juste encore qu’en boutons
Lucile s’échappa dans le Jardin pressée de recevoir le Message que lui avait annoncé dans son rêve la Déesse Flora et dont elle ne doutait pas un instant qu’elle tiendrait sa promesse.
Elle se dirigea vers le rosier qui se trouvaiten bordure au milieu du Côté Est du Jardinsous un grandacacia et s’assit sur une grosse pierre qui se trouvait là et lui servait souvent de banc.
Le Rosier ne portait que des boutons de rose non encore déclos et Lucile le regarda un moment quand soudain unemagnifique rose rouge surnaturelle surgit dufeuillage vert de l’acacia tout justeau-dessus du Rosier dans une auréole depaillètes deLumière vibrante et lui délivra son message avec la voix de la Déesse Flora qu’elle avait entendu en rêve :
« Je suis la Rose de Lumière, Ecoutes bienLucile, si la SAGESSEn’habite pasl’esprit,tous les espoirs s’envolentcomme le sable du désert au moindre souffle »
- Rosede lumière comment ferais- je pour devenir sage et le restertoute ma vie,alors que toutes les bonnes et belles choses de la vie me tentent ?
- Ton caractère est de vif argent et attise tout tes désirs,seule la Sagessete conduira sur le chemin de latempérancequi est un bien précieux Voilà mon secret Lucile : la force est éphémère, la beauté est passagère seule la sagesseestéternelleLe jour de ta naissance sept fées se sont penchées sur ton berceau, six d’entre elles t’ont données chacune un don précieux qui se révèleront en toi au fils des années, mais la Fée Carabosse maléfique t’a donnél’impatience qui te pousse à l’imprudence et au danger , alors moi en ce jour au nom de la Déesse Flora qui est supérieure à toutes les Féeset en son nom ,jesuis chargée d’effacerle sort de laméchante Carabosse et de le remplacer par une vertu , viens près de moi Lucile,respire mon parfum, tu seras purifiée et ensuitedis- mois parmi ces dons lequel serait le plus précieux pour toi : LaSagesse, la Force ou la Beauté, un seuld’entreces dons te seras donné pour compléter les six que tu possède déjà depuis ta naissance , je t’écoute Lucile !
L’enfant s’approcha de la Rose de Lumière, un parfum subtil l’enveloppa, Lucile dans un dans un souffle de ferveur murmura en se prosternant à genoux : Rose de Lumière je veux la Sagesse !
-Je te la donne,accorda la Rose de Lumière, puis alors que Lucile se relevait pour laremercier, l’auréole de Lumière et la Rose disparurent dans un tourbillon de paillettes dorées légères et évanescentesqui s’élevèrent vers le ciel en l’espace d’une seconde.
Un sentiment fort et puissant envahissait maintenantl’âme, l’esprit et le corps de Lucile, etun grand calme régnait dans sa pensée et dans son cœur.
-J’ai 7 ans, aux dires de tous c’est l’âge de raison, je suis sage maintenantet ce don m’évitera d’être impatiente et imprudente. MerciDéesseFlora, Merci Rose de Lumière, je vous promets de garder notre Secret à jamais
Puis posément elle quitta le jardin en le contournant à l’intérieur dans le sens des aiguilles d’unemontre. Sur son cheminalors que la Rose de Lumière lui était apparue à l’ Est , elle trouva une fourmilière sur le côté Sud ; elle s’attarda un instant à regarder ces petites ouvrières qui inlassablement cheminaient en deux rangs parallèles les unes sortant de la fourmilièrepour aller chercher de microscopiques débris d’aliment, d’herbes et poussières de bois, les autres revenant vers leur logis le dos chargés de leur butin précieux, elle fit encore quelques pas et tournaalors coté Ouestou sous un grand chêne elle du sauter une rigole d’arrosage etremarqua à ses pieds au-dessus de l’eau courante un petit myosotis bleu au cœur rouge minusculesolitaireparmi des tiges d’avoine folle . Elle se souvient alors de la belle légende du Chevalier et ducri d’Adieu qu’il avait lancé àsa Belle Fiancée avant d’être emporté par les eaux, « Ne m’oubliez pas » elle resta un moment pensive et murmura « Non je ne t’oublierai jamais petit Myosotis » puis elle se dirigea versla sortie etramassa sur son parcours une tige sèche qui ressemblait à une baguette ; elle continua en s’amusant à remuer de petits graviers qui jonchaient le sol, mais au moment d’atteindreenfin la porte du jardin elle remarqua sous des herbes au pied d’un jeune rosier, un serpent qui ondulait son corps et se dirigeait vers elle, interdite elle tendit la tige vers lui et lui dit « Sauves toiSerpent, disparait à jamais dans ton royaume, je n’ai pas peur de toi, sauves toi, vas-t-en, vas-t-en , vas-t-en à tout jamais !, le serpent disparut tout aussitôt dans la nature.Elle s’éloignaalors à pas vif et atteignità quelques 10 mètresde là, au milieu de l’allée la sortie du Jardinqu’elle franchit sans se retournerquittantla clairière sacrée du jardin,où pour elle s’étaient passéestant de choses merveilleuses et féériques,pour rentrer dans la réalité du monde.
Déjà, sous les sept amandiersfleuris qui s’étalaient de part et d’autre de la sortie du jardin, le prolongeant quelque peu à l’extérieur, des tables longues en bois blancet des tabouretsavaient été disposés. Sur les nappes blanches qui juponnaient les tables étaient offerts les friandises, les gâteaux, les corbeilles de fruits de saison, les boissons, jusde fruits etlimonades pour les enfantset quelques cidres pour les grands et dans deux immenses coupelles en chaque bout de table se trouvaient des morceaux de glace pour rafraichir les bouteilles. Sur une petite table de côté se trouvaient déposés les cadeaux d’anniversaire.Tout autour des tables sa famille et les invités se saluaient et parlaient joyeusement.Avant de lesrejoindrepour commencer la célébration de son anniversaire elle s’arrêta un instant pour contempler cette scène heureuse, tous souriaient, la joie brillaient dans leurs yeuxet tous en la voyant s’écrièrent « Bon Anniversaire Lucile ».
Lucile s’avança alors pour remercier et embrasser les invités, ses parents et ses frères.Une petite peine habitait son cœur, sa grand-mère Agathe, qui lui avait envoyé ses rubans de satins ciel et ses bracelets d’argent gravés de lierre, était absente, appelée au chevet de la fille d’une lointaine parentequi venait de mettre au monde un bébé et qui avait besoin d’aide pour les premiers jours.
Une fois les embrassades terminéeset les cadeaux déballés sur la petite table Lucileremercia et embrassaune nouvelle foischacun pour son présent ;les adulteset lesgrands adolescents s’installèrent ensuiteautourdes tables et la délicieuse collationcommença. Les conversations allaient bon train entre les adultes,ces messieurs parlaient de chasse, de récolte, de bétails, de progrès agricole, d’aménagement des routes et canaux d’arrosage,et des nouveaux tracteurs et matérielsqui arriveraient certainementd’Amérique et d’Europe plus tard, quand la fin de la guerre arriverait,les dames entre ellesparlaient toilettes, modes, naissances, recettes, éducation des enfants. Les enfantss’ébattaient ets’amusaient àleurs jeux préférés tout autour des tables etdes amandiers, de temps en temps ils se présentaient à la table pour réclamer un petit pâté,une friandise, un gâteau ou une boisson etsitôt restauréss’envolaient comme des oiseaux pour rejoindre leurs camarades en poussant des cris joyeux.
Au milieu de l’après midi alors que certains invités commençaient à prendre congé Lucile remarquacheminant dans l’allée des Caroubiers,Aïcha la mère de Mohammed quis’avançait d’un pas menu. Elle courut vers elle et en deux minutes fut à ses côtés :
-Bonjour Aïcha,comme je suis contente de te voir, tu sais aujourd’hui j’ai sept ansviens,viens viteavec moi sous les amandiers, s’écria-t-elleen la tirant par la main,tu vas t’asseoir avec nous et manger des gâteaux et boire de la Limonade, c’est mon anniversaire !
-Oui je le sais ma petite, justement je venais te voir et regarde ce que j’ai porté pour toi, c’est mon cadeau !
-Et Aïcha écartant légèrement son voile blanc sorti de son corsage une Eglantinequ’elle luidonnaen se penchant pour l’embrasser sur la joue.
-Lucie toute joyeuse sentit son cœur battre de joie.
-Oh ! je suis sûre que c’est la plus belle fleur de ton Eglantier ! Merci, Merci Aïcha c’est mon plus beau cadeau du jour avec cette petite médaille bleu que m’a offert Albine, mais tu sais toi que j’aime les fleurs, Oh ! merci ! merci de tout mon cœur, je vais tout de suite la mettre dans un verre d’eau etla porter dans ma chambre. Vas vite rejoindre mes parents, ils sont toujours contents de te voiret Maman qui se doutait de ta venue a préparé pour toi une petite corbeille de gâteaux arabes qu’elle a fait acheter ce matin au marché par ton fils. Est-ce que je pourrai demain soir après l’Ecole venir m’assoir avec toiprésde ton Kanoun pour te voir cuire tes makrouts et en manger un ou deux ?
-Mais bien sur ma « Zina » (jolie) si tes parents te donnent la permissiontu pourras venir manger avec moi des makrouts et je te ferai voir un nouveau petit chat tout blanc et tout petit que mon fils m’a rapporté du villageil y a trois jours , il est tout mignon avec des yeux verts, il parait que c’est une belle race, c’est le marabout qui lui a donné. J’aime bien les chats mais il faut s’en méfier parfois ils ressemblent « à azrine » (au diable), mais ce petit là il est tout petit et ne montre pas encore son caractère.Et puis aussi dans le Douar je t’emmènerai voir Ouardia avec ses enfants, il y en a un qui vient de naîtreet c’est ta mère qui a aidé à la naissance.
Aïcha et Lucilecontinuèrent à bavarder un moment pendant que ses parents raccompagnaientjusqu’à leur voiture respective les invités qui se retiraient les uns après les autres, puis une fois qu’ils furent tous partis, Lucile laissant Aïcha avec ses parents sous les amandiers se retira dans sa chambre pour yporter son Eglantine.
Quand elle revint la fête était terminée et le soir s’annonçait déjà grisant le ciel bleu et le cloutant de l’or des premières étoiles dontl’Etoile de Vénus qui brillait de tout son éclat. Lucile tout au long de sa vie se souvint de l’anniversaire de ses sept ans, du merveilleux secret de laRose qu’elle ne dévoila jamais à personne comme elle l’avait promis à la Déesse Flora et le miracle fût que d’année en année elle devint de plus en plus sage et douce, et en plus belle comme une rose aux dires de tous.
le 6 septembre 2008 lettre à Juliette... Ta vie terrestre et Tes rêves comme vivent les roses n'ont vécu que l'espace d'un matin . Les roses aujourd'hui dès l'aube naissante ont versé pour toi Juliette, en signe de dernier adieu, des larmes de rosée scintillantes comme des diamants, en souvenir de tes jours si brefs . Dans une parfaite communion d'amour et de joie familiales, tu vivais avec tes parents, et frères et sœur, mais ton ange est venu pour accompagner ton dernier voyage. Et ta famille, et tes amis sont dans la douleur.
Juliette, je ne te connaissais que par l'intermédiaire de mes enfants qui sont des amis de tes parents et qui m'ont parlé de toi pour m'annoncer ton décès, mais j'ai vu ton image envoyé par un ami, , en photo sur mon PC, une présence affirmée, un visage fin, une expression de ferme douceur, une radiation discrète de joie et ce regard intelligent et profond ouvrant ton âme sereine sur la vie ... Je ne peux oublier ton visage en écrivant ton prénom, Juliette, il se présente à mes yeux. Et j'ai le sentiment de t'avoir connu depuis toujours. Je ne suis pas venue par discrétion lors de ta cérémonie de dernier adieu, je ne connaissais pas tes parents, et il y a des circonstances où la douleur ne peut se partager qu'entre très proches Je ne connaissais pas ta religion, et je ne la connais pas encore. Mais depuis l'annonce de ton départ, j'avais fait pour toi une place dans mes pensées, et le jour de ta cérémonie d'adieu, j'ai prié avec foi dans la paix et la compassion de mon cœur, pour que tu soies heureuse dans l'éternité revêtue de ton âme de lumière. Adieu Juliette.
Une vigne jeune et vigoureuse grimpait du côté droit de la fenêtre de la chambre de Luscine. Il arrivait souvent qu’un petitrossignol la nuit vienne s’y poser pour siffler sa chanson. Cela ne manquait pas de réveiller la petite fillequi l’écoutait alors avec ravissement un petit moment avant qu’il ne s’envole dans le jardin sur d‘autres plantes grimpantes ou sur les branches d’un arbre. Mais une nuit alors qu’elledormait paisiblement, le chant dupetit rossignol s’éleva deplus en plus fort sans s’arrêter à tel point qu’au bout d’un moment elle décida d’ouvrir les vitres et de replierles persiennes pour voir ce qui se passait. Le bel oiseau s’égosillait de plus en plus, d’après la provenance du son elle le situait sur l’une des ramures de la vigne mais n’arrivait pas à le voir. La nuit avec une lune voilée de nuages était sombre etle dissimulait à son regard, elle alla chercher une petite lampe de poche dont elle se servait souvent pour lire « en cachette »avant de s’endormir et dirigea la lampe sur la vigne. Elle le vit enfin posésur une branche à mi-hauteur de telle sorte qu’en se haussant sur la pointe des pieds et en étirant son bras elle pouvait le saisir. Le jeuneRossignol surprit par la lumière redoubla ses cris en restant interdit sans plus bouger. C’est étonnant qu’il ne s’envole pas pensa Luscine, je pourrais le prendre peut-être au creux de ma main pour le caresser, son plumage parait doux comme du duvet, mais je ne veux l’effrayer davantage, et si je lui parlaispour le rassurer,avantde l’approcher ? se dit-elle.
-Petit Rossignol ton chant est mélodieux, n’aies pas peur de moi, je ne te veux aucun mal, je voudrais tout juste te cueillir comme une fleur et caresser au creux de ma main ton doux plumage, puis je te relâcherai, ne bouges pas petit Rossignol, je vais approcher ma main doucement, doucement !
Et ce disant elle tendit ses petits doigts et les referma délicatement sur les pattes de l’oiseau qui se mit à redoubler cette fois de cris terreur en agitant ses ailes pour tenter de s’échapper. En essayant de le ramener elle se rendit compte que l’une de ses pattes était prisonnière d’une vrille de la vigne et qu’il ne pouvaitla dégager de lui-même.
Elle était vraiment mal placée du bas intérieur de la fenêtre pour le délivrer et décida de monter sursonrebord assez large qui ne présentait aucun danger. Sitôtfait elle se trouva à hauteur de l’oiseau tenta de dévriller la patte prisonnière mais sans y parvenir au risque de leblesser. Elle sauta prestement dans la chambre et sortit d’un petit tiroir un minuscule ciseau d’argent qu’elle utilisait pour apprendre à broder et se replaçant sur le bord de la fenêtre coupa adroitement lavrille, aussitôt le rossignol libérécessa de chanter ets’envoladans la nuit. Mais dans cette opération le petit ciseau était tombé au pied de la fenêtre à l’extérieur, elle descenditvivement pour le ramasser et quelle ne fut pas surprise de trouver endormie sur le sol, Terésina la vieille chatte sourde qui dormait sur le côté les pattes étendues.
La chatte sourde se réveillabrusquement en hérissant ses poils.
-Ah te voilà contrariée, Terésina, n’aies pas peur c’est moi, heureusement que le chant du Rossignol ne t’as pas réveillée, tu aurais été capable de le manger tout cru ! mais tu es sourde et c’est bien la première fois que je ne le regrette pas !
La vieille chatte qui n’entendait plus depuis longtemps l’observait et dans la nuit ses yeux phosphorescents brillaient comme des opales vertes.
L’enfant remonta dans sa chambre ferma soigneusement les persiennes et les vitres, puis avoir replacé le petit ciseau d’argentelle se blottit dans son lit, se rendormit bien vite pour se plonger dans un rêve.
En songe elle se trouva dans un grand jardin où sur un rosier se trouvait le petitrossignol qui chantait encore a tue tête mais cette fois joyeusement etmiraculeusement son chant lui était compréhensible, voici ce qu’il chantait :
-Cette nuit sous la lune voilée ,moi le petit Rossignol, je me suis posé sur un cep de vigne et me suis endormi, au bout d’un moment je me suis réveillé, mais uneméchante vrille s’était enroulée très fort autour de ma patte, je ne pouvais seul me libérer tant son emprise était forte,mais une petite fille m’a délivré, et désormais c’est pour elle que je viendrai chanter tous les jours et toutes les nuits dans ce jardin en prenant soin de ne plus me poser sur une plante à vrille
Dans son rêve la petite fille se mit aussi à chanter :
-Sans mes petits ciseaux d’argent je n’aurai pu te délivrer gentil rossignol, désormais chaque fois que je broderai je penserai toi, je broderai une vigne et ses vrilles pour la rendre prisonnière de mon canevas, et la vraie vigne évites là désormais, tu viendraste poser sur le rebord de la fenêtrela nuit pour me ravir de tes trillessans aucun danger, promets le moi !
-Je te le promets pendantla saison toute les nuits je chanterai pour toi sur le rebord de ta fenêtre et tous les jourssurle rosier dans le jardin.
Puis le rêvese termina, la petite fille se retourna un peu sous ses draps puis se rendormit aussitôt.
Le lendemain matin après son petit déjeuner Luscine alla chercher son canevas, ses fils de soievert et marron et se mit tout aussitôt à l’ouvrage, elle commença par broder les ceps bruns, puis ledeuxième jour elle broda les vrilles vert tendre, puis le troisièmejourcommença àbroder les feuilles vertes foncées à nervures brunes , ce travail avant d’être terminé lui demanda toute une semaine, et pendant tout ce temps elle n’entendit plus le jour ni la nuit le chant du Rossignol.
-Pourquoi ne chantes-tu plus petit Rossignol, tu me l’avais promis dans mon rêve et depuis une semaine je ne t’ai même pas vu voleter dans le jardin ! Où est-ilparti ?se dit-elle en rangeant son ouvrage terminé.
Quelle ne fut pas sa surprise la nuit suivante d’entendre le chant de l’oiseau sur le bord de la fenêtre et le jour suivant de nouveau dans le jardin, et ce concert se poursuivit tout au long de la saison. Pour le remercier la petite fille ne manquait jamais tous les soirs avant de fermer ses fenêtres de déposer sur le rebord des graines de millet.
Quelques années plus tard Luscine atteignit ses dix huitans. C’était maintenant une belle jeune fille svelte, sonvisage au teint derose,son sourire agréable,ses beaux yeux bleu vert, sescheveux blond vénitien, son pas vif et décidé qui accentuait son allure élégante faisaient l’admiration de tout le voisinage et de nombreux jeunes gens des alentours soupiraient d’amour sur son passage. Aucun d’entre euxencore n’avait osé se déclarer et la demander en fiançailles. Elle ne s’en plaignait pas, toute son attention se portait aux « études », elle voulait devenir ornithologue ; depuis plus dedeux ans déjà Albine passait son tempsà suivre des cours à la Facultéet quand elle se trouvait en vacances dans la propriété de ses parents elle ne manquait jamais de passer deux ou trois après midi par semaine à se promener dans les bois avoisinants pour observerles oiseaux de toutes espèces en prenant soin de noter toutes ses découvertes. Le soir elle se plaisait à lire ses notes à ses parents et entre eux s’ensuivaientdes conversations où chacun essayait d’approfondir la questionen consultant des livres spécialisés. Ce sujet la passionnait, elle y consacraitbeaucoup de tempsqui pour elle passait trop vite et quand ses amies et amis l’invitaient pour la distraire et l’emmener au bal ou au cinéma, elle ne pouvait s’empêcher de les faire attendre quelques jours avant de se décider à laisser pour quelques heures ses chères études.
Or par un bel après midi de Printemps elle décida de faire une promenade dans les bois avant d’aller rejoindre pour la soirée Pierreun de ses amis qui se désespérait de ne pas la rencontrer assez souvent.
Elle prit un grand chapeau de paille blanche, son carnet de notes et un crayon finement taillé et d’un pas agile, sa large jupe virevoltant autour d’elle, traversa le jardin et les champs pour atteindre un grand bois, presque une petite forêt, qui se trouvait au-delà d’un fleuve à plus d’un kilomètre de la propriété. Sur son chemin elle croisa quelques lapins de garenne qui détalèrent à son approche, puis enfin elle arriva au pont qu’elle traversa sur toutel’étendue du Fleuve pour enfin arriver au bois et en y entrant elle ressentit l’impression d’entrer dans son véritable monde.
A l’instant même elle entendit le chant d’un Rossignol qui la dirigea à environ 200 mètres en profondeur du boiset se trouva au pied d’un grand arbre ou à sa grande surprise elle trouva un jeune homme, étendu sur un tapis d’herbes et de feuilles, qui lui parut endormi. Elle s’approcha prudemment pour voir s’il dormait vraiment. Il dormait en effet et elle se demanda si elle devait partir sans le déranger ou le réveiller, mais il lui sembla qu’il gémissait par moment dans son sommeil et elle ne put s’empêcher de s’inquiéter. Il est peut-être malade ou blessé, je dois le réveiller se dit-elle et aussitôt elle s’approcha, se pencha et passa sa main sur le front du dormeur ; Il était en tenue de chasse et portait une abondante chevelure brune bouclée qui couronnait son visage au teint légèrement mat. Ses paupières fermées sur de longs cils noirs frémissaient légèrement. Au contact de sa main il ouvrit tout grand de magnifiques yeux bleu d’azur encore ensommeillé, mais elle le réveilla tout à fait en poussant un cri de surprise :
- Pierre c’est vous ! Bonjour, mais que faites-vous là étendu sous cet arbre ?Je vous ai entendu gémir dans votre sommeil, que se passe- t-il ?
Pierre était son ami, le fils d’un des propriétaires voisins, à la vue de la jeune fille son visage s’anima et il répondit enfin désignant sa cheville gauche :
-Bonjour Luscine , comme je suis heureux de vous rencontrer , ce matin vers onze heures alors que je rentrais de la chasse,je me suis tordu la cheville en butant sur une souche de vieille vigne sauvage, je suis tombé et quand j’ai voulu me relever je n’ai pu me tenir sur mes pieds, mon pied gauche me faisait souffrir atrocement, alors je me suis allongé pour me remettre en attendant que quelqu’un passe me porter secours et puis finalement mes douleurs se sont un peu calmées,sauf quelques lancements de temps en temps, et j’ai fini par m’endormir en écoutant chanter le Rossignol.
-Mais c’est très grave, vous auriez pu rester longtemps seul et sans soins, vite, vite, je dois vous assoir contre le tronc de cet arbre, vous serez mieux installé,et ensuitej’iraiimmédiatement chercher le sulky de mon père pour vous conduire au village chez le médecin.
Elle l’installa contre le tronc de l’arbre et avant de partir banda sa cheville au moyen de l’écharpe blanche du jeune homme qui était detrois ans sonaîné.
Avant qu’elle ne parte le chant du Rossignol reprit de plus bel, leurs regards se croisèrent comme deux flammes ardentes et Pierre la retenant légèrement par le poignetsoupira en la regardant tendrement :
-Il chante parce que c’est le temps des amours, il cherche et appelle une compagne, Ah ! Que ne puis-je comme le Rossignol chanter pour trouver mon amour ! Si je chantaisce ne serait que pour vous…. Viendriezvousvers moi, m’accepteriez vous comme votre fiancé ?
Luscine troublée et émue s’entendit lui répondre :
-Jesuislà Pierre si proche de vous, depuis que nos regards se sont croisés je sais que je suis votre fiancée depuis la nuit des temps.
Elle se pencha vers lui et chastement ils échangèrent leur premier baiser du bout des lèvres.
Sur la plus haute branche le Rossignol s’était tu, il venait lui aussi de trouver une compagne.
Puis elle s’en alla bien vite pour chercher le sulkyet le conduire chez le Médecin.
Au mois de Juin alors que l’été venait de commencer ils célébrèrent leur fiançailles officielles à la grande joie de leur famille. Deux ans après alors que Luscine venait d’obtenir son diplôme d’ornithologue et que Pierre terminait ses études de médecine, ils décidèrent de se marier et de s’installer dans une grande ville.
Luscine devint une réputée conférencière et Pierre un bon médecin. Comme tous les gens heureux ils eurent beaucoup d’enfants, mais jamais d’oiseaux en cage. Un de leur grand plaisir était de venir passer leurs vacances dans les propriétés de leurs parents et d’en profiter souvent pour se promener dans le bois pour écouter chanter le Rossignol.
« Mignonne, allons voir si la rose ……Qui ce matinavoit désclose ….. Sa robe de pourpre au Soleil … A point perdu cette vesprée … Les plis de sa robe pourprée … Etson teint au vostre pareil … » récitait Lucile en se promenant dans la roseraie. Elle venait d’apprendre ce poème de Ronsardet le répétait en admirantles rosierstout en suivant les conseils de son institutrice qui désirait que tous les enfants dela classele récite sans fauteen chœur , en ouverture de la fête des écoles, qui devait avoir lieu dans quelques jours avant la fin des classes, la veille des grandes vacances.
Les roses rouges de juin étaient en pleine floraison et exhalaientsous le chaud soleil leur parfum suave.
- Ah belles roses ! Belles fleurs ! … Je voudrais tant vous cueillir, mais mes parents me l’ont interdit et je dois leur obéir. Ce sont eux qui choisissent les plus belles d’entre vous pour les offrir à nos voisines et à Monsieur le Curé. Et puis au fond ils n’ont pas tort, je me méfie des épines de vos tiges qui sont là pourprotéger votre beauté !
Luscinetout en suivant les allées de la Roseraie trouva un banc de pierre et décida de faire une pause. Puis elle prit dans sa poche un carnet et un crayon et se mit à écrire :
Ode à Flora, Déesse des Fleurs
Je voudrais que les roses ne meurent
Et s’épanouissent toujours belles
Qu’en leur jeune âge elles demeurent
Et deviennent immortelles
Mais las !, ces éphémères beautés
Par l’air et le soleil flétrissent
Oh Flora déesse des fleurs, fais
Par tes pouvoirs qu’elles ne périssent !
Belle Déesse auxdons supérieurs
Obtiens pour nous de la nature
Une Rose qui ne fanent ni meure
Eternelle dans saparure
Situexauces mon souhait
Je choisirais cette immortelle
Comme symbole de beauté
D’amitié et d’amour fidèle !
A ce moment de son écriture arriva dans le jardin une petite fille du voisinage qui se prénommait Ouardia ( Rose) portantsur son épaule un petit sac rempli de ces trésors que les petites fillestransportent avec elle commedes talismansqu’elle ne montre qu’à leur amie préférée.
-Bonjour Lucile, je te cherchais pour m’amuser avec toi, mais avant cela regarde ! Je
veuxte montrer mes nouveaux trésors secrets !
-Bonjour Ouardia, c’est une bonne idée, viens allons nous installer à l’ombre des grands arbres, il fait trop chaud ici en plein soleil.
-Un peu plus tard, Lucile, restons sur ce banc un moment, je vais te faire admirer un trésor qui ne prend son éclat qu’en pleine lumière !
Ouardia s’assit près d’elle sur le banc de pierre et sortit de son petit sac une Rose des sables de couleur ocre doré parsemé de minuscules morceaux de quartz transparents, qui sous les rayons du soleil brillaient de milles feux.
-Oh c’est merveilleux, dit Lucile, je n’ai jamais vu un si beau trésor, on dirait une Rose par sa forme mais elle est très dure comme une pierre cristallisée et de plus incrustée de brillants, ou l’as-tu trouvée ?
-Ce n’est pas moi qui l’ai trouvé, c’est un souvenir, mon père va quelques fois au Sahara pour y livrer avec son camiondu Bléet du couscous aux Touaregs et encorebien d’autres choses dont ils ont besoin dans ce grand désert qu’ils parcourent sans cesse avec leurs chameaux , ne s’arrêtant qu’aux Oasis pour s’y établir quelques jours et récolter des dattes sur les grands palmiers autour ce ces points d’eau. Au retour mon père revient avec des cargaisons de dattes qu’ils leur achètent pour les revendre ici sur les marchés et toujours des cadeaux pour nous. Hier il est rentré et a sorti des poches de sa gandouratrois Roses des Sables en me disant « Petite, voilapour toi deuxRoses,je garde la troisième pour ta mère.Ces Roses immortelles sont nées il y aplusieurs millénaires dans le sable du Désert mais sonttoujours vivantes, elles ontconnu des millionsde tempêtes de sable et sonttoujours aussi belles. Tu en garderas une Ouardia et tu donneras l’autre à ton amie Luscine, gardez les précieusement en signe d’amitié, avec elles vous traverserez toutes vos saisons et garderez comme elles votre beauté »
-Ton père est bien savant Ouardia, tu le remercieras pour moi
- Je n’y manquerai, oui mon père est savant, il a étudié à la Médersa d’Alger quand ilétait jeune et puis il écrit aussi des poèmesquand ses affaires lui laissent un peu de temps, mais plus tard il donnera son entreprise de transports et son commerce à mon frère aîné et deviendra Marabout pour remplacer mon Grand-père.
Tout en parlant, Ouardia fouillaitdans son petit et finit par en sortir la deuxième Rose des Sables tout aussi belle que la précédente.
-Voilà, c’est pour toi mon amie ! Veux-tu l’accepter comme un gage immortel d’amitié et de beauté ?
-Oh Merci Ouardia, tu viens de réaliser mon vœux ! je viens d’écrire une poésie ou je parlais de Rose et j’implorai la Déesse Flora d’obtenir de la nature une rose de beauté immortelle ! Tu vois c’est comme un signe Ouardia pour nous dire que notre amitié est belle, immortelle et solide comme ces Roses des Sables !
Lucile détacha soigneusement du carnet la page de poésie qu’elle venait d’écrire et avant de l’offrir à Ouardia elle la luidédicaça en écrivant ces mots :
-Ouardiala plus belle des Roses sera éternellement mon amie, et elle signa en ajoutant « de la part de Lucile ton amie pour toujours »
-Merci Lucile, pour moi aussi « tu resteras mon amie pour toujours »
Cinq années passèrent, chacune des petites amies grandirent dans une amitié qui se consolidait chaque jour, bientôt Ouardia atteignit comme Lucile ses 12 ans etne vint plus dans le jardin retrouver son amie car selon ses traditions familiales c’était pour elle l’âge de ne plus sortir seule et de rester chez ellesous la surveillance de sa mère.Lucile de son côtépartit en pension dans la Ville pour étudier chez les petites Sœurs de Saint Vincent de Paul. Dans les deux ans qui suivirentchaque fois que Lucile rentrait pour passer les vacances chez ses parents, elle ne manquait jamais d’aller rendre visite à son amie Ouardia. Elles étaient heureuse de se retrouver et assises toutes deux en tailleur sur les somptueux tapis qui ornaient la demeure du Marabout, elles se racontaient les évènements de leurs vies si différentes et pourtant si proche en amitié indéfectible.Lucile lui décrivait l’animation de laVille, les grands magasins, les squares ombragés, les statues, le grand port, les navires,et Ouardia lui parlait de son jardin et de sa vie en famille, de tout ce qu’elle apprenait de sa mère pour se préparer à devenir bientôt une mariée, car son mariage était déjà prévu et devait se célébrer dans l’année de ses quatorze ans. Chaque fois qu’Ouardia lui parlait de son proche mariage Lucile se retenait de pleurer pour ne pas attrister son amie. Elle savait que le futur mari habitait dans une région très éloignée et que selon la coutume Ouardia irait vivre dans sa belle famille et qu’elle ne pourrait plus la voir souvent.
Et c’est ainsi que cela se passa. Un beau jour en rentrantchez parents pour les grandes vacances elle apprit que le mariage d’Ouardia venait d’avoir lieu et qu’elle était partie pour toujours dans un grand cortège aux sons des raïtas (hautbois), des flûtes et des derboukas (tam-tams algérien)
Cette nouvelle l’attristaitet souvent elle allait s’assoir sur le banc du jardin emportant dans sa main la Rose des sables et la faisant briller aux rayons du soleil elle murmurait « Mon amie Ouardia, je ne t’oublierai jamais,je te le promets et quand je serais assez grande pour conduire la voiture je viendrai te rendre visite pour te prouver mon amitié fidèle ».
La maman de Lucile tentait de la consoler en lui expliquant que dans les famillesmusulmanes les filles se marient très jeunes,que c’est une obligation et un honneur pour les familles de respecter leurs coutumes et traditions, que les filles elles-mêmes étaient très fières d’être mariées très jeunes. Mais elle ne pouvait s’empêcher d’ajouter « Nous n’y pouvons rien, je le regrette bien, mais c’est ainsi et ce sera ainsi sans doute encore longtemps »Mais Lucile ne put jamais se convaincre à ces explications et elle pensait que plus tard elle militerait pour la liberté des femmes musulmanes.
Puis quelques mois plus tardelle apprit qu’Ouardia était déjà mère et parfaitement heureuse dans sa belle-famille.
Quelques années après vint le temps dela majorité de Lucile , elle passât alors très viteson permis de conduireet sans plus tarder partit un beau matin au volant de sa voiture pour rendre visite à son amie Ouardia qu’elle avait prévenu par une lettre dans les jours précédents ; il fallait plus de trois heures de route pour relier Alger la Blanche de Aïn El Hammam (Michelet) village perché sur le plus haut sommet de la montagne du Djurdjura où vivait Ouardia dans sa belle-famille. Partie à huit heures du matin Lucile après un long parcours arriva enfin vers midi devant une grande propriété entourée de grands arbres et d’un mur d’enceintecouronné au sommetde céramiques vertes. Les habitants du village lui avait désigné cette propriété comme la maison de son amie, située tout au commencementd’une route qui se dirigeait vers le Col de Tirourda. Elle stoppa sa voiture et à pas vifs se dirigea vers la grande porte de bois cloutée de cuivre au devant de laquelle se tenait un serviteur qui guettait son arrivée.Il la saluaet du gestel’invita à le suivre.
A sa suite elle pénétra dans un grand jardin planté de cerisiers, de citronniers, de cèdres, d’orangers et de grenadiers,sous lesquels s’épanouissaient des roses etdes fleurs, entourées de plate bandes de menthe , de verveine et de lavande ; tout au milieuse trouvait un grand jet d’eau , ses gerbes montaient très haut pour ensuite en courbe de perles chatoyantes redescendre dans un bassin rond, un peu plus loin une fontaine laissait couler un filet d’eau claire, des oiseaux allaient de part et d’autre voletant et gazouillant, quelques chats se promenaient dans les allées et deux chiens paisibles dormaient d’un œil, étendus devant leur niche.La grande maison bâtie en demi-cercle s’ouvrait enarcadessur le jardin, des bougainvilliers grimpaient tout autour ; pénétrant sous l’une des arcades le serviteur guidaLucile vers son amie qui l’attendait dans un grand salon garni de somptueuxtapis, recouverts par endroitde coussinstissés de laines auxvives couleurs, et de tables basses. Ouardia se tenait très droite et à la vue de son amie elle s’avança les bras ouvert pour l’accueillir. Les deux amies très émues s’embrassèrent.
Puis toutes deux s’installèrent assises en tailleur sur le tapis central autour d’une table basse. Ouardia claqua légèrement dans ses mains, une servante qui se tenait près d’une porte intérieure arriva tout aussitôtpour les servir et bientôt les mets les plus raffinésse présentèrent à leur gourmandise. Il y avait là de quoi satisfaire les palais les plus délicats Puis quand la servante se fut retirée elles se mirent à parler entre elles sans arrêt, elles avaient tant de choses à se dire depuis 7 ans qu’elles n’avaient pu se voir.
Ouardia lui racontait sa vie de jeune femme, la naissance de ses trois enfants et lui apprenait leurs prénoms en les traduisant, d’abord l’ainé un garçon Ameqran (l’aîné), ensuite une fille Tadjeddit (la Fleur), et le dernier né Amêzyan (le cadet) ; elle espérait avoir encore un autre garçonet savait déjà qu’il se prénommeraitAmzîn (le petit).
Lucile lui parlait de sa vie à Alger de ses études, de ses distractions, de l’opéra, duCinéma et toutes choses et plaisirs qu’Ouardia ne connaîtrait jamais. Elle lui décrivait aussi les plages et les environsd’Alger, les bains de mer, les sorties en barques, les parties de pêches et dans les forêts les parties de chasse. Ouardiaavait d’autres distractions qui consistaient en en fêtes de famille, mariages, baptêmes, principalement, et aussi en grandes fêtes religieuses. Ilnelui déplaisait pas que Lucile lui parle de la vie à l’extérieur et de sa liberté,maiselle se demandait comment Lucile pouvait vivre sans se perdre dans ce qui lui paraissait un tourbillon.
A la fin de leur collation, Ouardia claqua une deuxième fois dans ses mains, cette fois deux servantes arrivèrent l’uneaprès l’autre, la première débarrassa promptement la table basse et la deuxième tout aussitôt déposa dessus un plateau chargé d’une théière fumante et de petits verres colorés.
Le soleil avait tourné et le salon devenait obscur, Ouardia alluma la mèche d’unelampe en cuivre qui se trouvait près d’elle sur une petite table ronde recouvertes de mosaïques, en minuscules losanges vernis de couleurs vertes et blanches et soudainLucile remarqua au pied de la lampe sous l’effet de la lumière un scintillement qui accrocha son regard et elle reconnut aussitôt l’une desRose des sables qu’elles avaient choisies, dans leur lointaine enfance, comme gage immortel de leur amitié.
Alors Lucile plongeant la main dans son sac en ressortit ladeuxième Rose des sables qui ne la quittait jamais, et toutes deux émues au bord des larmes se retrouvèrent en pensée sur le banc de pierre dans la roseraie qui abritait autrefois leurs jeux et leurs rêves d’enfants.
A ce moment là rentrant de promenade avec une servante, les enfants d’Ouardia firent irruption dans le salon. Ce fut alors un vrai moment de bonheur. Le dernier né Amêzyan 9 mois ne marchait pas encore, mais l’aîné Ameqran et la fille Tadjeddit déjà grands de 6 et 4 ans, ne cessaient de se poursuivre gentiment en tournant autour des tapis ; Ouardia les présentatous trois à Lucile qui les trouva ravissantset elle prit dans ses bras pour le bercer un peu le petit Amêzyan
Ouardia était fière autant de ses enfants que de sa maternité féconde et elle ne put s’empêcher de questionner son amie :
-Et toi Lucile quand donc tes parents vont temarier ? , regarde comme c’est beau les enfants !il faut leur dire qu’ils se pressent pour te trouver un mari ainsi toi aussi tu auras des enfants, une famille à toi
-Ce n’est pas comme ça que ça se passe chez nous, nous choisissonsle plus souvent notre mari sans que nos parents interviennent, bien sûr ils peuvent nous orienter et donner leur avis, mais c’est nous qui décidons, en toute liberté si nous sommes majeures, mais si nous sommes mineures ils doivent donner leur accord. Mais il ne suffit pas de choisir encore faut-il aimer et que ce soit réciproque, c’est d’ailleurspourquoi je ne suis pas encore mariée, je suis trop difficile
-Aimer ? répondit Ouardia, ça vient avec le mariage, pour moi en tout cas c’est venu après mon mariage, de jour en jour …
-Alors tu es heureuseet amoureuse ?
-Oui, répondit Ouardia, je suis heureuse mon mari m’aime et me respecte, nous avons de beaux enfants, nous sommes heureux dans notre famille.
Mais elle n’avait pas prononcé le mot « amoureuse » cela faisait partiedes légendes, mais dans la réalitécesentiment lui paraissait contenir mille pièges dangereux pour une jeune femmemariée, aimée, respectéeet mère de famille.
Le temps de partir arriva pour Lucile, en quittant Ouardiaelle savait qu’elle reviendrait et qu’elle serait toujours bien accueillie chez son amie,mais elle savait aussi avec un pincement de regret et de tristesse au cœurqu’Ouardia ne pourrait jamais venir à ALGER chez elle lui rendrevisite , ce n’était à l’époque ni permit ni toléré qu’une jeune femme musulmane puisse circuler librement.
- Cela n’est pas dans leurs coutumes et traditions et je n’y peux rien hélas se dit Lucile ! Mais elle est heureuse et aimée, elle à de beaux enfants, une famille c’est l’essentiel.
Puis elle reprit sa route en pensant à la merveilleuse journée d’amitié qu’elle venait de vivre .
Trouver un mari n’était pas à son ordre du jour, elle était passionnée par ses études de gemmologie et savait que plus tard ses recherches dans le monde entier lui prendrait beaucoup de temps et elle rêvait de voyages lointains dans des sites merveilleux, au Sahara d’abord, ensuite dans les pays d’Afrique. Cependant un an après, parcourant le Sahara dansle cadre d’une missiond’études qui regroupait des étudiants gemmologues et géologues, elle se vit offrir par Pierre, l’un des participants, une rose des sables qu’il venait de découvrir dans les sables du désert.
-Voici une merveille de la nature, elle est pour vous,comme la lumière elle est éternelle et brillera toujours ! N’est pas magnifique ?
-Oui la nature fait de bien belles choses, Merci Pierre, je suis ravie de votre attention ; j’ai déjà un Rose des sables qui m’a été offerte autrefois par une amie d’enfance et nous l’avions consacré comme gage immortel de notre amitié. Et cette Rose des Sables que vous m’offrez et que j’accepte de tout mon cœur, quel sera son gage ?
-L’avenir nous le dira, si vous consentez à m’entendre elle deviendra le symbole de notre amour fidèle et éternel !
Lucile leva les yeux avec surprise et son regardplongea dansles yeux bleus du jeune homme comme dans un lac de fraicheur sous le soleil brûlant. A cet instant même elle l’aima comme il l’aimait et sans un motils découvrir leur amour réciproque avec la certitude qu’il existait depuis la nuit des temps, se révélait dans le présent et vivraitéternellement dans leur futur. Leurs mains se joignirent sur la Rose des Sables et côte à côte, tendrementunisils entrèrent dans le Paradis de leur amour. Quelques temps après ils se marièrent, et comme nous le savons « les gens heureux n’ont pas d’histoire »
Ainsi la Déesse FLORA avait exaucé les vœux de Lucile et tout au long de sa vie chaque fois qu’une Rose des Sables lui était offerte elle savait qu’un évènement heureux prenait place sur le chemin de sa destinée.
Note : Dans les déserts de sable comme leSahara, on peut trouver de l’eau enrichie en sulfate de calcium. Au contact du sable chaudl’eau monte légèrement et s’évapore alors que le sulfate de calcium se cristallise sousle sable pour donner du gypse ;ce gypsese cristallise à son tour en agrégats qui formentles Rose des sables. Ce processus à l’échelle des temps géologiques représente plusieurs millénaires.
Tatianala grand-mère d’Adrian se trouvait à PARIS chez ses enfantspour deux jours, et comme tous les ans ils devaient tous repartir ensemble dès le premier jour des vacances de Pâques pour passer les fêtes dans leur propriété près de Limoges. En arrivant Tatiana sitôt ouvertes ses valises et rangé leur contenu, avait soigneusement placé sur la table de chevet d’Adrian unœuf deFabergé qu’elle avait emportéde sa Russie natale en souvenir de la défunte et ancienne Tsarine Alexandra Feodorovna.
- « Admire ce bel objet de porcelaine fine délicatement cloisonnéd’or, dit elle à Adrian,vois cette petite serrure doré et cette minuscule clé d’or, cet œuf contient un secret, mais tu ne leverras que le jour de Pâques, si tu est bien sage d’ici-là, et surtout fais bien attention de ne pas le faire tomber, il se briserait et je ne pourrai plus jamais alors te dévoiler son contenu »
Et pendant que la maman d’Adrian s’occupait avec Nina une jeune filleau pair du repas du soir, elle lui racontal’histoire de cebibelot précieux auquel elle tenait comme à ses yeux et peut-être encore plus, offert dans les temps anciens par la tsarine elle-même à sa famille,du temps où sa mère était admise à la Cour de Russie en sa qualité de Dame d’honneur,avant la révolution bolchevique.
Arrivée en France à l’âge de 10 ansavec ses parents etfrères et sœurs en 1917,fuyant les crimes et les assassinats des révolutionnaires,Tatiana maintenantapprochaitde ses 70 ans et Nicolas était le seul fils du mariage tardif de Constantin Balachov dernier enfant de Tatiana, son «favori ». Comme tous les exilés Tatiana après une longue période d’adaptation à la France, retrouvait en elle avec une grande acuité, tous les souvenirsde son enfance, de sa famille, de leurs amis etde son pays,maintes fois évoqués entre eux, et tout naturellement le petit Adrian se trouvait son confident et auditeur préféré pour partager cequ’elle appelait « notrevied’autrefoisen Russie Blanche ».
« Tu sais Adrian, autrefois, quand nous vivions en Russie Blanche,nous avions une grande propriété, bien plus grande que celle de Limoges, nos terres s’étendaient à perte de vue couvertes de moissons blondes en été, et nous avions aussi une grande maison en ville, un vrai palais à Moscou, et ma mère la princesse Natachaétait reçueà la Cour»
Et elle poursuivaiten commentant les lumières des grands salons, les grandes glaces, lestoilettes des dames, les tenues des messieurs, les concerts de musique « classique », les bals, la polka, la valse, les cortèges des souverains, les carrosses ….. C’est là que ton arrière grand-père arencontréma mère à la Cour lorsd’un grand bal. Il l’avait invité à danser avec la permission de ses parents, une valse !Deux ans aprèsils se sont mariés … …. Et elle racontait le « coup de foudre », lemariage somptueux, le cortège, la robe blanche de la mariée toute en dentelle à la main sur fond de soie, son diadème de perles fines, son voile immense, sa longue traîne soutenue par douze demoiselles d’honneur en robe longue, leurs tresses en couronne entrelacées de rubans et couronnées de fleurs, elle lui décrivait aussi les pièces du trousseau des jeunes époux, leur maison, leur mobilier,et lui transmettaittout ce qu’elle savait encore de cet évènement qu’elle tenait de sa propre grand-mère.
Adrian écoutait sagement, il n’avait que six ans,mais charmé par la douce voix de sa grand-mère il lui semblait entendre le récit d’un conte de fées, tout ce qu’elle lui racontait lui semblait beau, lumineux, ensoleillé, un monde de rêve dans lequel il voyageait avec plaisir ! En l’écoutant il sentait les parfums, entendait les bruissements des dentelles, les pas cadencés des danses légères.
Elle lui dépeignait aussi Moscou, Saint Pétersbourg villes radieuses en été et l’hiver étincelant de neige glacée. Tout ce qu’elle disait provenait du récit des membres de sa famille, grands-parents etparents et de ses recherches dans les livres. En racontant elle oubliait le présent et se retrouvait la fille de la Princesse Natacha et du Prince Arkharov. Les études qu’elles avaient faites en France et ensuite son métier de géologue s’effaçaient comme des incidents sans importance, elle n’y pensait plus du tout, elle ne racontait que son enfance et sa vie de famille avec les siens les Arkharov et les Balachov.
Elle avaitenfoui au fond de son cœur la souffrance de n’avoir jamais pu retourner dans son pays du temps de sa jeunesseet quand Adrian questionnait : Tu y retourneras un jour Grand-mère ?« Je le pourrais maintenant, mais ilest trop tard, ma vie est ici depuis bien longtemps ettout a tellementchangé là-bas, je préfère garder les images du pays tel que je l’ai laissé à 10 ans , je me souviens encore de mes petits poneysque j’avais dû quitter, mon père en partant les avaient confiésà notre cocher avec les chevaux de l’attelage, ils ont du tous mourir depuis bien longtemps, je ne connais plus personne en Russie,j’étais bien petite en partant, en y allant je pense que je me ferais plus de mal que de bien . Mais toi Adrian Balachov, tu yretourneras en voyage un jour quand tu seras un homme, tuvisiteras nos campagnes, et Moscou et Saint Pétersbourg et tuleur diras « Je suis Adrian Balachov de la famille des Arkharov et des Balachov, je suis Français maintenant et j’aime la France,mais je porte la Russie dans mon cœur, c’est ma grand mère la princesse Tatiana qui m’a racontée et enseignée notreRussie. Voilà, mon enfant ce qu’il faudra leur dire ! »
Puis elle enchainait aussi sur les incidents de famille, les qualités et les défauts de caractère des uns et des autres, Prince ou pas nous sommes du monde d’ici bas où rien ni personne n’est jamaisparfait ! N’oublies jamais cela et essaies d’être bon, le meilleur possible. Tu me le promets ?Oh ! Oui grand-mère, je serais bon comme toi, comme mon père Constantin, et aussi comme ma maman. Tu sais, je vais bien faire attention de ne pas briser l’œuf de Fabergé, promettait Adrian.
« Viens Adrian , ne faisons pas attendre tes parents le repas du soir doit être servi, viens, ensuite tu feras ta toilette et je te borderai dans ton lit. D’accord mon Ange ? »
Le repas du soir fût joyeux, animé, Tatiana cette fois donnait des nouvelles de la propriété de Limoges. Hélène sa belle fille et Constantin son fils l’écoutaient ravis, elle avait l’art et la manière de charmer son auditoire "Si vous n’aviez pas été géologue, ma Mère, vous auriez été conteuse plaisantait Constantin, c’est un plaisir de vous entendre"
Le repas terminé Tatiana accompagna Adrian dans la salle de bain pour l’aider à faire sa toilette. A six ans il savait bien la faire tout seul, mais elle prenait plaisir après la douche à sécher les cheveux fins et blonds, légèrement bouclés « Tu as les mêmes cheveux que moi Adrian mais à ton âge (six ans) ton grand oncle Andréï Arkharov, mon frère,les portait longs jusqu’aux épaules et moi je portais mes cheveux en deux belles tresses entrelacées de ruban, relevées en couronne sur ma tête ! Quand je défaisais mes tresses ils allaient jusqu’à ma taille. Mais évidemment les garçons maintenant coupent leurs cheveux, heureusement que tes parents te les laissent presque demi longs, c’est plus joli ! Montre moi tes petits bras roses, ah ! Je vois que tu es bien fait, tu as bien grandi depuis ma dernière visite de Noël.Allez vite, il est tard maintenant, je parle trop, voila, voila mon petit ange,ton pyjama est bien enfilé, je vais te mettre au lit. Avant cela allons dire bonne nuit à tes parents.
Adrian enchanté par cette grand-mère exceptionnelle la suivit au salon en lui tenant affectueusement la main qu’il portait à ses lèvres, de temps en temps, pour y poser un baiser.Hélène jouait au piano une adaptation d’une fugue de Jean Sébastien Bachet Constantin confortablement installé dans son fauteuil lisait les journaux quotidiensqu’il commentait pour lui-même, selon son habitude, à haute voix en émaillant son discours de quelques remarques plaisantes, ironiques ou approbatrices selon les circonstances et son humeur du jour. Et il terminait sa lecture avec toujours une remarque finale de sa belle voix grave rieuse : « C’est grotesque ! Le monde est fou ! Depuis l’antiquité ! » Hélèneriait alors et disait quelquefois en fermant son piano : « Mais mon très cher, sans folies le monde serait bien plat, et comme vous le savez la terre est ronde et n’arrête pas de valser sur elle-même ! Ca ira bien comme ça jusqu’à la fin des temps ! ». « Le plus tard possible, ma chère concluait-il ! » et tous deux ainsi s’amusaient en mots d’esprit pendant un petit moment.
En apercevant Tatiana et Adrian les deux parents s’écrièrent en même temps :
- « Ah ! Voici venir vers nous la Russie Blanche ! Et ses deux militants ! »
-« Nous venons vous souhaitez bonne nuit ! répliqua Tatiana, sans moi cet enfant ne saurait rien de notre famille et de ses origines. D’ailleurs personne n’est jamais sorti spontanémentde la cuisse de Jupiter, il est important d’enseigner aux enfants leur identité, leur tradition, leur coutume, leur origine, je n’en tire aucun orgueil et je lui raconte aussi bien nos qualités que nos défauts. Heureusement que je suis là pour redresser le tir »
-« Calmez vous, ma bonne maman, dit Constantin, en riant, vous savez bien que nous comptons sur vous pour cela, n’est-ce pas la prérogative des grands-mères que de transmettre aux petits enfants ?
-« Certainement Constantin, comme à tous lesgrands-parents ; j’espère que vous le serez plus tard un jour Hélène et vous et que vous prendrez le relais auprès de vos petits-enfants, d’ailleurs mon amie Magalie, Française rapatriée d’Algérie remplit le même rôle auprès de son petit-fils Lorenzo, nous savons nous ce que c’est que d’être exilées du pays de son enfance, d’ailleurs pour elle c’est encore plus important puisqu’elle est en exil ici en France, dans son propre pays d’origine, depuis plus de quarante ans ! Il ne s’agit pas de semer des regrets, mais un savoir,de l’espoir, de la confiance en l’avenir, on ne peut pas progresser avec des ténèbres derrière soi. Il faut éclairer les enfants et les conduire en toute clarté, même si cette clartécomporte des ombres ».
Hélène et Constantin firent diversion en demandant des nouvelles de Magalie.
-« Ah ! Magalie va bien, très bien même, nous préparons toutes deux un projet pour le moment secret. Je vous en parlerai une prochaine fois, quand tout sera au point. Mais il se fait tard. Adrian ! Souhaitebonne nuit à tes chers parents ! »
-Adrian lâcha la main de Tatiana et alla embrasser ses parents en leur souhaitant bonne nuit .Comme chaque soir Hélène et Constantin le gardèrent chacun à son tour unpetit moment en le tenant enlacé sur leur cœur.
-« Mes enfants ! il se fait tard Adrian doit dormir, je vais le conduire dans sa chambre et quand il sera endormi, je viendrai vous rejoindre, j’ai à vous lire la lettre que je viens de recevoir de Paul Balachov, mon écrivain de mari quis’apprête à rentrer des Etats-Unis après une série de conférences remarquables et le lancement de son dernier livre. Je dois vous en parler. Mais pour le moment …. Viens Adrian mon bel ange ! tu dois aller dormir »Puis elle fit une petite révérence « La Russie Blanche se retire jusqu’à demain ! » ajouta-t-elleavec un petit sourire ironique, et prenant de son petit fils elle se retira en levant légèrement le menton, ce qui chez elle dénotait une petite contrariété.
« Ma Chère Hélène, ma mère ne changera jamais ! » dit Constantin avec un petit soupir.
« Pourquoi changerait-elle ! Elle est absolument charmante et toujours si spontanée, venez, Constantin, il se fait tard et demain nous devons faire nos courses avant de partir en vacances ; et ce ne sera pas une journée de tout repos ! »
Tatiana borda Adrian et l’aida à réciter une petite prière ; installé dans son lit comme un petit prince, il tourna son regard vif et bleu rempli de lumière vers l’œuf de Fabergé qui trônait sur la table de nuit tout près de lui avec une petite veilleuse : « Tu me diras le secret de l’œuf de Fabergé et de sa petite serrure , grand-mère je serai bien sage, je serai bien sage … » murmura-t-il en s’endormant paisiblement alors que Tatiana lui caressait doucement le front de ses longs doigts fins.Au bout d’un court instant elle comprit à sa respiration régulière et profondequ’il était tout à fait endormi et se retira sur la pointe des pieds légère comme une fée. C’était une femme élancée, très mince, d’une démarchesouple en dépit de son âge. Sa beauté adoucit par les années était faite de grâce et de douceur, ce qui n’excluait pas des réparties vives dans les conversations animées. Tout le monde remarquait ses atouts, de longs cheveux cendrés retenus en torsade souple sur la nuque, un visage délicatement rosé aux pommettes hautes,éclairé d’un regard bleu lumineux, un joli nez droit bien marqué sur un fin sourire, ses gestes légers et une allure distinguée,soulignaient en elle une distinction naturelle etun maintien élégant.
Adrian cette nuit là fit un rêve étrange. Soudain ilviten songel’œuf de Fabergé grandir ettripler de volume, saporte dorée s’ouvrit toute grande et de l’intérieur de l’œuf il vit sortir avec surprise la « Roussette » une grosse poule qu’il avait pu voir dans la basse cour de la propriété de Limoges lors des dernières vacances de Noël ; Tiensla Roussette ! pensât-il dans son rêve, que fais-tu là ?…..La Roussette battit légèrement des ailes en s’ébrouant sur le rebord de la table de nuit, Adrian l’observait, alors à sa grande surprise il remarqua que de grosses larmes bien détachées les unes des autres, comme des petites perles de diamant, tombaient une à une de ses yeux.Adrian savait que les poules n’ont pas de dents, mais il ne pensait pas qu’elles puissent pleurer !« Pourquoi pleures-tu Roussette ? » la questionnât-il en même qu’il se disait qu’elle ne pourrait lui répondre, mais à son grand étonnement il entendit une petite voix roque qui sortait du gosier de la poule : « AdrianBalachov, tu dois me sauver, j’ai pondu dans un joli panier en osier garni de paille 12 œufs magnifiques que je veux couver pendant vingt et un jours pour faire naître mes petits poussins ! Mais un drame se prépare !Ta grand-mère Tatianam’a promise en repas de Pâques à son métayerJean, il est question de m’attraper la veille de Pâques, de me trancher le cou, de me plumer et de me faire cuire en sauce blanche « une sauce poulette comme ils disent », et de me servir le lendemain Dimanche à midi ; s’il ne s’agissait que de moi, je sais que c’est le sort commun des poules et je ne pourrais tenter d’y échapper, mais il s’agit de sauver ma future couvée de poussins , aides moi mon petit prince à échapper à ce triste sort ! Sauves-moi je t’en prie et surtout ne révèlema demande à personne ! » Puis soudain la Roussette rentra dans l’œuf de Fabergé en s’effaçant à reculons, la porte dorée se referma doucement, la clef se mit à tourne toute seule dans la serrure et l’œuf reprit sa taille normale ! Adrian se réveilla l’espace d’une demi seconde puis replongea dans un sommeil paisible jusqu’au matin.
Après une longue nuit il ouvrit les yeux vers dix heures du matin. C’était le premier jour des vacances scolaires de Pâques et il avait bien pris soinla veille de faire régler son réveil à 10 h. par Nina pour faire la grasse matinée. Eveillé par le gring … gring … strident, il étendit la main pour arrêter la sonnerie, quand soudain il aperçut l’œuf de Fabergé sur sa table de nuit, ainsi que Tatiana l’avait posé la veille.Cela lui rappela vaguement quelque chose de confus. Il était encore ensommeilléet se frotta doucement les yeux, puis au bout d’un petit momentenfin présent, il sauta prestement du lit et se dirigea vers la fenêtre de sa chambre, écarta les rideaux de velours bleu, se haussa sur la pointe des pieds, et selon son habitude comme il le faisait tous les matins, ilregarda surla gaucheNotre Dame de Paris qui se profilaità l’horizon sur un ciel bleu pale, autour de sa flèche des petits nuages blancs poussés par un vent léger naviguaient vers l’est ,il ramena son regard sur la Seine qui roulait ses flots paisibles en mille vaguelettes frémissantes reflétant les rayons du soleil. Un bateau mouche s’avançait sur les eaux depuis l’Hôtel de Ville à droite, chargés de passagers et detouristes vêtus de couleurs différentes, quelques mouettes planaient autour des quais,en bas les grands arbres se dressaient en bordure laissant deviner au sommet de leurs branches dégarnies tendues vers le ciel, quelques bourgeons et minuscules feuilles vertes en prélude au printemps. Des voitures circulaient en bordure de Seine, des piétons passaient sur les quais et dans les rues, de loin et du haut de son observatoire,ils lui paraissaient petits commedes lilliputiens.Après dix minutes de contemplation, il revint près de son lit où se trouvait un interphone relié à toutes les pièces de la maison et appela :
« Maman, papa, grand-mère,Nina ! Bonjour, je suis réveillé et vous ?
Il reçut immédiatement la réponse de Nina :
-« Je suis dans la cuisine, bonjour Adrian, mets ta robe de chambre et viens me rejoindre à la cuisine, je vais préparer ton petit déjeuner, d’accord ? »
- « Ok,Nina ….. D’accord ! »
Il traversa, à cloche pieds pour s’amuser, le long couloir qui séparait les pièces de l’appartement et pénétra dans la cuisine.
-« Tu as oublié de mettre tes pantoufles, remarqua Nina, tu vas avoir froid sur les carreaux de la cuisine, assieds toi vite devant la table, poses tes pieds sur le barreau de la chaise pour qu’ils ne touchentpas le sol, je vais te servir ton petit déjeuner, que veux-tu du lait avec ou sans chocolat ?, une tartine beurrée, de la confiture, un œuf à la coque, un fruit ? »
-« Je veux du lait sans chocolat, une tartine de confiture, une pomme et surtout je ne veux pas d’œuf à la coque »
Nina tout en préparant le petit déjeuner,l’informa que sa grand-mère était partie assister à l’ office de l’Eglise Russe Orthodoxe, qu’elle déjeunerait ensuite chez des amis, que ses parents étaient partis faire des courseset ne rentreraient que vers 16 heures dans l’après midi, etlui apprit qu’ils iraient tous les deux à midi déjeuner rue Lagrange dans un petit restaurant qui proposait des quiches, des tartes, des tourtes, garnies de toutes sortes de fruits et de légumes et qu’ils prendraient ensuite le bus 63 boulevard Saint Germain près de la Place Maubert, pour arriver au Jardin des Plantes se promener et visiter le Zoo.
Nina parlait très vite et sans s’arrêter a d’une voix vive et enjouée avec un charmant « petit » accent italien. Mais ce matin Adrian ne l’écoutait plus depuis qu’elle luiavait parlé d’œuf à la coque, il se souvenait vaguement de son rêve et cherchait en se concentrant à en retrouver toutes les images et à reconstituerle discours de la Roussette.
Au bout d’un moment il se souvint de l’essentiel : la Roussette avait pondu 12 œufs qu’elle voulait couver pour faire naître des poussins, la Roussette ne voulait pas finir en sauce « poulette » sur la table de Jean le métayer, la Roussette comptait sur lui pour la sauver, la Roussette lui avait demandé le silence
Comment faire ? Quelle histoire !
-« Nina, est-ce que les rêves se réalisent ? »
Nina réfléchit un moment et prudente répondit bien qu’italienne par une réponse de Gascon :
-« Quelquefois, Adrian, quelquefois seulement ;bois ton lait, il est tiède, ne le laisse pas refroidir, prends ta tartine, ne fais pas tomber des miettes, tu es trop mignon mon trésor ! Tu vas terminer ton petit déjeuner tout seul comme un grand, pendant ce temps, je vais me préparer pour sortir et ensuitetu feras rapidement ta toilette,je t’habillerai en sport et nous partironsvers 11h.30 pour arriver à 12h. au restaurant, le temps de choisir nos tartes, d’attendre le service et de manger, il sera déjà au moins 14 h. ensuite nous irons au Zoo et nous serons de retour ici vers 16 h. pour retrouver la famille ; nous n’avons pas de temps à perdre ! D’autant que nous devrons ce soir préparer les valises pour partir tous ensemble demain à Limoges »
Limoges pensa Adrian en mâchonnant sa tartine, Limoges, la Roussette, les 12 œufs à couver, les poulets à naître,le métayer,la sauce poulette, comment faire ? Il ne trouvait pas de solution.
Finalement comme l’avait prévu Ninails se retrouvèrent fins prêts à 11h.30 en bas de l’immeuble dans l’Ile de la Cité, eurent tôt fait de longer les quais et le pont devant Notre Dame de Paris, de contourner le Square Viviani, et bifurquer à gauche pour se retrouver Rue Lagrange dans le Petit restaurant.
Tout en marchant Adrian avait distribué discrètement des miettes de pain aux moineaux, et en arrivant au restaurant il se dit « A mon tour maintenant ! ». Tous les deux choisirent les tourtes, la salade et les tartes de leur choix et le repas se passa à raconter des anecdotes sur l’Ecole d’Adrian et sur les Cours de Nina ; elle se trouvait pour deux ans en France pour approfondir « son français », et commençait d’ailleurs à bien le parler avec un délicieux accent italien. Vers 15 heures ils se retrouvèrent au Zoo. Tout se passa bien, mais en dépit de l’intérêt de cette promenade,Adrian par moment revenait en pensée à la Roussette. C’était son souci du moment. Comment faire pour la sauver de la casserole de Jean ? En rentrant à 16 h. 30, ils retrouvèrent toute la famille et après un bref goûter pris en commun, ils commencèrent à préparer les valises s’aidant les uns et les autres en échangeant des propos pleins de gaieté, pendant ce temps Adrian s’amusait à décorer des œufs pour Pâques avec l’aide de Nina qui se partageait entre lui et ses parents. Avec toutes ces occupations le soir et l’heure du souper arrivèrent bien vite, ils décidèrent de se mettre à table dans la cuisine pour économiser du temps, de se contenter d’un repas rapide, omelette, jambon, fromage, fruits, etde se retirertrès vite pour dormir afin de pouvoir partir dès le lendemain matin à l’aurore naissante en voiture pour Limoges. Ce qui fut décidé fût fait et Adrian oublia pour ce soir et la nuit le « drame » de la Roussette.
Le lendemain enfin d’après midi ils arrivèrent enfin en cortège de deux voitures dans l’allée bordée de chênes qui conduisait à la propriété.Mirka la chienne de chasse et son fils Beaupoil, ainsi nommé en raison de son beau pelage roux soyeux, virent de loin arriver les voitures et dès que les voyageurs en descendirent, ils furent immédiatement encerclés par les deux chiens qui leur léchaient les mains et jappaient allant de l’un à l’autre,en poussant des aboiements joyeux.
Tandis que Jean le métayer aidait la famille à décharger les voitures des valises et colis,la porte du grand hall s’ouvrit toute grande au-dessus du perron et Zelda, une personne d’un certain âge habituée à aider dans la maison, logée et nourrie dans les lieux depuis plus de dix ans, apparut en haut des marches le visage réjouit. A sa vue, Adrian gravit très vite les marches pour se précipiter dans les bras desa « pâtissière attitrée » qui le gâtait toujours avec de bons gâteaux aux parfums devanille etde fleur d’oranger ; toute à sa joie elle salua de la main les autres membres de la famille et sans plus attendre, soulevacomme une plume son « chouchou » pour l’emporter dans ses bras comme un trophée dans une petite pièce, « la petite salle à manger », mitoyenne de l’immense cuisine où elle l’installa devant une superbe tarte aux pommes, préparée à l’avance tout spécialement pour lui. Tandis qu’Adrian en dévorait une large part,elle commençât à lui parler de tout ce qui s’était passé depuis les vacances de Noël. Il était question de petits lapins blancs au pelage soyeux, ressemblant « à des boules delaine enangora », nés récemment dans le clapier, avec des petits yeux bordés de rose, des exploits de Beaupoil qui commençait à sauter toutes les haies avec zèle, « Si tu le voyais, et tu le verras, quand il saute il ressemble à une fusée » et puis deLimousine la belle vache blanche quin’arrêtait pas de donnerdu bon lait crémeux « Tu verras, c’est autre chose que le lait de Paris, tu m’en donneras des nouvelles, Ah ! Mon chouchou comme je suis heureuse de te voir près de nous pour deux semaines, je vais te préparer tous tes gâteaux préférés »
Pendant ce temps la famille aidée par Jean le métayer avait déchargé les valises et s’installaient dans les appartements dupremier étage.Chacun prit une doucheet se reposa un momentpour se détendre des fatigues du voyage en attendant l’heure du repas du soir.
Nina ne connaissait pas la maison, sa première impression fût un ravissement sans fin en voyantles précieuses porcelaines qui garnissaient la commode de sa chambre, en particulier une petite statuette qui représentait une marquise du XVIII° siècle en grande robe de Cour. « C’est merveilleux… merveilleux …. Et d’une telle finesse ! »Elle remarqua aussi dans une petite vitrine d’ébène une belle collection d’œufs de Fabergé, tous différents les uns des autres et dont ontne pouvait dire lequel était le plus beau, tant tous étaient parfaits.
Elle était encore dans sa contemplation quand elle entendit un petit grattement à sa porte, c’était Zelda et Adrian venus lui offrir du thé et des gâteux secs, le tout joliment présenté sur un plateau garni d’un napperon de dentelle. « Vraiment je suis gâtée : Merci Madame, Merci Nicolas, Merci ! » puis elle offrit un siège à Zeldaet se présenta : « Je suis Nina, je m’occuped’Adrian à Paris, pour le conduire à l’école et dans ses promenades » « Eh bien ! Moi je suis Zelda, j’aide dans la maison et quand Adrian arrive je m’occupe aussi de lui, nous allons bien nous entendre j’en suis sure ».
Zelda était une personne pas très grande, ronde avec un visage toujours réjouit. Elle portait une frange de cheveux noirs coupés ras tout juste au-dessus de ses sourcils, pour les autres en carré au dessous des oreilles,et de ses grands yeux noirs ronds comme des prunes émanait un regard profond et très doux sur de larges pommettes roses.Sa robe large en coutil gris était garnie au col d’un croquet blanc ainsi qu’aux poignets des manches gonflantes et en bas de la jupe assez longue. Elle portait sur ses épaules comme une paysanne d’autrefois, un châle en laine mauve tricoté avec art,qui tombait en pointe sur sa taille dans le dos,et tout en elle visage et allure inspirait unesympathie immédiate, et au bout d’un quart d’heure de conversation, Nina eut l’impression de la connaître depuis longtemps.
Adrian, qui commençait à sentir la fatigue de cette longue journée passée à voyager, demanda à Zelda de le faire souper avant la famille avec elle et Nina. Tous les trois descendirent à la cuisine et en toute simplicité les deux nouvelles amies Nina etZelda préparèrent le repas tandis qu’Adrian,assis sur le banc de bois devant la grande table de campagne, regardait attentivement les unes après les autres les assiettes anciennesqui décoraient le buffet en chêne, sculpté de rosaces et de losanges.Après un potage de légumes « du jardin » au fumet délicat, Zelda leur présenta dans une grandesoucoupe du lait caillé sucré saupoudréde cannelle (recette de Magalie, recueillie depuis quelques temps par Tatiana, communiquée à Zelda) « C’est bien meilleur que les yaourts de Paris, vous verrez … Servez vous … servez vous Nina, et toi mon chouchou voilà enplus pour toi une petite douceur ! » Et elle sortit d’une jolie boite en métalun petit gâteau sec aux amandes, parfumé à l’orange.
Adrian finissait de le grignoter entombant de sommeil, quand Hélène arriva dans la cuisine « Ah ! Vous êtes là,je techerchais Adrian, ta grand-mère te réclame en hautpourtemettre au lit, viens vite mon ange ! Zelda je vous verrai demain j’ai hâte d’avoir de vos nouvelles mais en attendant passez une bonne nuit, et vous aussi ma petite Nina ». Elle prit Adrian presque endormi dans ses bras et en bas des escaliers elle appela Constantin à la rescousse pour le monter dans les appartements. Nicolas fût misau litpar Tatiana selon leur rite d’usage et ensuite la famille se réunit dans la cuisine pour un petit souper rapide.
Tous avaient hâte de se retirer pour passer une nuit réparatrice. Adrian dormit d’un seul trait sans aucun rêve et quand il se réveilla le lendemain matin, son premiersouci fût de demander à Ninade téléphoner à Madame Vidalin, la femme du métayer,pour qu’elle avertisseSébastien son fils qu’il voulait jouer avec lui. Au bout d’un moment Sébastien 14 ans, le « héros » d’Adrianarriva à pas pressés et se présenta dans le Hall. Adrian l’attendait depuis le coup de téléphone avec une grande impatience : il admirait ce grand garçon, long et mince, qui savait tout faire, à savoir fabriquer des arbalètes et des tire boulettes avec des baguettes de bois souple, monter sur un chevalenle tenantassis devant luipour aller au trot visiter la propriété, lui apprendre àmonter aux arbres pourcueillir des fruits, tirer à la carabine, capturer des serpents, pêcher des grenouilles dans les ruisseaux, enfin mille et une choses que les enfants jeunes ne peuventpas encore faire tout seul, surtout quand ce sont des petits citadins. Mais ce jour-là il avait principalementpour idée de demander à Sébastien de lui faire visiter la basse-cour qui se trouvait près de la maison de Jean, environ à cinq cent mètres de là parce que son œuf à la coque du petit déjeuner,lui avait brusquement rappelé la Roussette et tant que ceproblème ne serait pas réglé,il sentait qu’il ne pourrait vraiment pas s’amuser « tranquille ».
Sébastien n’eut pas le temps de souffler :
-« Bonjour Sébastien, viens, viens conduis moi à labasse cour je veux voir laRoussette, tout de suite, tout de suite ! »
-« La Roussette ? la Roussette ? Elle n’est plus dans la basse cour mais dans une grande cage grillagée que mon père a construite spécialement pour la séparer des autres volailles,afin de la bien nourrir et l’engraisser avant le Jour de Pâques ;en effet Madame Balachov l’a donné à mon père et nous en ferons notre repas de fêtes, mais si veux la voir, viens, allons-y, elle se trouve installée sous le dépôt d’outils dans la cour de notre maison »
Ainsi c’était donc vrai !La Roussette était condamnée à mort et à finir en morceaux cuite en « sauce poulette » sur la table de Jean Vidalin ! Son rêve se confirmait ! Que faire pour remplir sa mission de sauvetage ? Il était importantd’agir tout de suite.
-« Allons-y, Allons-y vite,vite, je veux la voir, savoir où elle se trouve, c’est important »
- « Important ? Pourquoi ? » interrogea Sébastienintrigué en descendant les marchesde la maisonavec son petit camarade.
-« Parce que, parce que, je ne peux pas t’expliquer çà maintenant, mais je te dirai plus tard ce que… ce qu’il en est» bafouilla Adrian.
Il s’arrêta de parler en s’apercevant qu’il allait trahir la Roussette laquelle dans son rêve lui avaitdemandéde la sauver sans nerien dire à personne. Et puis d’ailleurs comment expliquer à Sébastien que les poulesparlent dans les rêves ? C’était trop compliqué, il risquait des moqueries.
Ils avançaient dans l’allée,bordées de grands arbres,qui tournait un peu vers le fond de lagrande cour entourantla maison du métayer et enfin arrivèrent dans un grand dépôt où des outils agricoles et des vélos étaient rangés sur les côtés, et au milieu duquel se dressait unecage grillagéede deux mètres sur deux en largeur, et de deux mètres en hauteur.A l’intérieur de la cage se trouvaient un perchoir, une largecorbeille d’osier garnie de paille blonde, une bassine de grains de blé concassés, une petite bassine d’eau et un petit tas de minuscules graviers. La Roussette pour le moment sans s’occuper de ses visiteurs, s’activaitson « appartement »,allant de-ci et de-là en gloussant et dandinant son corps lourd sur ses pattes agiles.Elle s’arrêtait par moment pour picorer des grains de blé et de minuscules grains de gravier. Par moment pour faire sa toilette, elle grattaitle dessous deses plumes et de ses ailes avec son bec en tournant son cou adroitement. Adrian contourna les parois grillagées de la cage et remarqua que l’une d’elles était équipée d’une porte maintenue fermée par une chaîne en gros maillons de plastique et un gros cadenas.
-« Qui a la clef du Cadenas ? »
-« Mon père en a une, et ma mère la seconde, c’est plus pratique pour s’en occuper, lui porter du grain, de l’eau et nettoyer sa corbeille et sa cage, ils le fontdeux fois par jour, tantôt l’un, tantôt l’autre,selon leurs occupations »
Adrian progressait dans son enquête. Il en savait déjà beaucoup, il désirait en savoir encore plus,mais il ne lui fallait pas éveiller l’attention de Sébastien. Il avait deux semaines devant lui pour mettre au point son opération de sauvetage et pour ce matin il désirait que Sébastien lui fabrique une arbalète et des flèches en bois, pour s’exercer au tir dans unecible en carton qu’il comptait accrocher sur un grand tronc d’arbre.
-« Bon j’ai assez vu la Roussette, je voulais savoir si elle avait des poussins mais maintenant allons dansl’atelier derrière la cour et s’il te plait Sébastien fabrique moi une arbalète en bois, des flèches et une cible en carton»
En se dirigeant vers l’atelier les deux enfants croisèrent Madame Vidalin qui les avaient vus passer dans la couret les attendait au passage pour embrasser Nicolas et l’inviter à déjeuner. Adrianfût ravi de cette invitation et Madame Vidalin sans plus attendre se précipita à l’intérieur de sa maisonpour prévenir Zelda par téléphone. Au bout d’un moment Zelda rappela et confirma l’accord des parents d’Adrian.
Il avait été décidé, par Tatiana, Hellène et Constantinen l’absence du grand père Paul Balachov, dont le retour était annoncé pour le début de la semaine suivante, que les membres de la famille s’accorderaient d’ici là une totale liberté d’horaires, afin de profiter chacun des journées à sa guise et ils ne devaient se retrouver réunistous en famille que pour les repas du midi et du soir.Ainsi,Tatiana pourrait partir au volant de sa smart rendre visite àses amies et amisde la région selon sa volonté ;Hélène pourraitse lever à n’importe quelle heure le matin, flâner dans le jardin, déjeuner selon son appétit, et réservertoutes ses après midi pour les répétions des RapsodiesHongroises de Franz Litz en vue de préparer à la perfection le concert de piano qu’elle devait donnerdans la semaine suivant Pâques, lors de leur retour à Paris ; Constantin après un petit déjeuner avec Zelda et Adrian , profiterait d’ une partie des matinées pour parcourir les champs avec Jean le métayer, le questionner sur l’avancement des cultures,aller ensuite acheter ses quotidiens à Limoges , organiser ses après-midi selon sa fantaisie ; l’emploi du temps d’Adrian avait été programmé par Hélène: le matin avec Zelda et Sébastien, après le repas de midi une petite sieste avec Nina, ensuite une demie heure avec Hélène et Constantindans le grand salon avant les répétitions, ensuite vers 15 h. et jusqu’au repas du soir, de nouveau avecson inséparable Sébastienen qui toute la famille faisait entière confiance en raison de son caractère sérieux et agréable. Et bien entendu, après le repas du soir, avec Tatiana pour la « cérémonie » du couche
Nina disposerait de toutes ses matinées librement pour se reposer etréviser ses cours, prendre des bains de soleil dans le jardin de fleurs, aller à Limoges visiter la ville, faire connaissance avec la jeune fille de la propriété voisine etc.… etl’après midi après sa petite sieste avec Nicolas faire tout ce qu’il lui plairait.
Zelda ne changeraitrien à son programme, son emploi du temps était improvisé d’heure en heure par elle-même selon ce qu’elle avait envie de faire, pâtisseries, cuisine, repassage, jardinage, et Madame Balachov la laissait s’organiser à son gré sans jamais lui donner d’ordre. Ce n’était pas le genre de la maison.
Tous étaient satisfaits de ce compromis de liberté qui prendrait fin dès le retour de Paul Balachov. En effet, le grand père quand il était là,aimait avoir autour de lui tous les membres de sa famille à discrétion pour leur racontermille histoires plaisantes, leur montrer les films qu’il rapportait de ses voyages, et le reste du temps pour se promener avec eux dans les environs.
Ce jour-là Madame Vidalin après le repas, proposa à Sébastien et Adrian de les emmener avec elle en voitureà Limoges où elle devait se rendre chez un volailler pour négocier avec lui le prix d’une douzaine de poules de la basse cour qu’elle devait lui livrer la veille des fêtes et ensuite faire quelques courses. Lorsqu’ils arrivèrent dans la grande boutique, Adrian pendant que Madame Vidalin discutait avec le commerçant, remarqua sur l’étal des morceaux de volailles soigneusement découpés et présentés à la vente sur de larges plats ronds en faïenceblanche décorée de petites fleurs roses et bleues. Il lui vint immédiatement une idée …..Si la veille de Pâques il s’arrangeait pour faire s’enfuir la Roussette de sa cageet la remplacer par deux kilos de morceaux de poules prêts à cuire ? Il suffirait de mettre Sébastien dans l’affaire, de casser sa tirelire heureusement bien garnie et d’organiser les opérations ! Cette idée le tenailla jusqu’après le repas du soir et lorsque Tatiana sa grand-mère eut quitté sa chambre après l’avoir bordé comme d’habitude dans son lit,le croyant endormi, il se répétait intérieurement qu’il devrait dès le lendemainen parler à Sébastien le « mettre dans le coup » sans pour autant trahir la demande desecret dela Roussette.
Dès le lendemain matin, tout aussitôt après le petit déjeunerSébastien arriva comme d’habitude et dès qu’ils furent seuls dans la cuisine, il lui expliqua son plan de sauvetage :
-« Sébastien, je pense que les morceaux de volaille du volailler feraient un bien meilleur repas que la pauvre Roussette, j’ai une grande tirelire bien garnie, je voudrais faire plaisir à tes parents. Si nous relâchions La Roussette en secret en faisant croire qu’elle s’est enfuie par ma faute et si pour me faire pardonner j’offrais deux kilos de poule achetés chez le volailler à tes parents, est-ce que tu crois que ce ne serait pas une bonne idée pour un meilleur repas ? mais bien sur je compte sur toi pour me procurer la clef de la cage »
-« Avec des si … et des mais … on peut tout faire ! » plaisanta Sébastien qui voyait déjà les difficultés de l’opération, mais s’apercevant de l’air dépité d’Adrian il se reprit toute de suite :
-« Je vais réfléchir à la question, voyons … prendre la clef qui se trouve suspendue dans la cuisine, bon …. d’accord, il suffirait d’attendre que ma mère s’absente un moment la veille de Pâques, mais si nous libérions la Roussette où irait-t-elle toute seule ?, elle risqueraitde se faire attraper etdévorer par Beaupoil, il vaudrait peut-être mieuxla prendre le soir pendant son sommeilet la confier à quelqu’un … mais je ne peux pas sortir le soir …. Je vais voir çà avec Jérôme mon copain de la propriété voisine et je t’en reparlerai ».
Adrian se trouva à demi rassuré. Mais il voyait que son affaire progressait dans le bon sens et faisant confiance à Sébastien il lui demanda aussitôt de sortir le cheval de promenade et de partir tous les deux pour rendre visite à Jérôme. Il faut « battre le fer tant qu’ilest chaud » se dit-il en se rappelant tout à coup de l’expression favorite de son père, lorsqu’il s’avisait de régler une affaire urgente dans la journée même.
Le cheval sortit de l’écurie fût sellé en un temps record et tous deux sur la même monture partirent au trop par les allées traversant les champs, etfurent rendusau bout d’une demie heure chez Jérôme un grand garçon du même âge que Sébastien, son copain de collège, qui se trouvait assis tranquillement sur le perron de sa maison occupé à réviser ses cours. Il se leva immédiatement en reconnaissantses visiteurs pour les accueillir avec de grandes exclamations de joies, les bras ouverts. Jérômeconnaissait bien Adrian et le trouva grandi depuis les dernières vacances. Après quelques échanges de nouvelles, Sébastien entreprit de lui faire part de leur projet au sujet de la Roussette. Jérôme saisit la question maisil aurait souhaitéen parler à ses parents : « Mais non ! C’est entre nous, il ne faut pas en parler, ils vont nous décourager »déclara Sébastien « il suffira de dire que tu as trouvé « une » poule sur le bord de la route et que pour ne pas la laisser mourir de faimtu l’as placée dans votre basse-cour ! »Jérômehésita un moment, essaya de parlementerencore un peu, puis convaincupar l’insistance de nos amis,il finit par céder. L’opération commando fut programmée pour la veille du Dimanche de Pâques. « Dès que nous aurons pu nous saisir de la Roussette, nous te téléphonerons pour t’avertir en disant SOS etnous te l’apporterons, tu la mettras dans ta basse-cour et pour le reste nous irons dire à nos parents que la porte de la cage était ouverte, qu’Adrian a essayé d’entrer pour la caresser et qu’elle en a profité pour s’enfuir, donc toute la journée de la veille de Pâques, ne bouge pas d’ici parce que ne savons pas à quel moment on pourra opérer sans nous faire prendre ! »
Pendant les jours suivants, Adrian et Sébastien tout en s’amusant repérèrent les moments d’absence les plus fréquents des parents Vidalin et peaufinèrent leur projet d’opération avec minutie.
Entre temps,le grand père Balachov était rentré d’Amérique et Adrian fût repris par les distractionsdela famille regroupée autour de l’aïeul, séances decontes et de cinéma à domicile,auditions des morceaux de Litz, qu’Hélène leur offrait de temps en temps, critique des articles de presse par Constantin, promenades dans les environs ,visites de musées et de monuments, visites des fabriques de porcelaine, agrémentées descommentairesde Tatiana qui était amoureuse de tous les bibelots d’art et intarissable sur ces questions, repas en commun lemidi et le soir,soit à la maison , soit à Limoges au restaurant, sans compter les séances de dégustation des pâtisseries de Zelda , etla soir Adrian rompu ne demandait pas son reste pour s’endormir profondément à la fin de ces journées bien remplies.
Mais la veille de Pâques Sébastien vint chercher Adrian après le petit déjeuner et demanda la permission de l’emmener passer la matinée avec lui chez ses parents. La famille fût d’accord d’autant que les préparatifs de la veille de Pâques les occupaient tous et qu’ils pensaient qu’il serait plus au calme à s’amuser avec Sébastien plutôt que d’aller de l’un à l’autre.
Les Vidalin par miracle devaient partir le matin pour livrer les poules au volailler et ne devaient rentrer que vers les 14 heures. Avant de partir, Madame Vidalin avait préparé le repas de midi pour les deux enfants et il fût convenu que Zelda viendrait les servir à midi.
Il n’y avait pas de temps à perdre !
L’opération s’engagea en deux temps, trois mouvements ; dès que la voiture des Vidalin s’effaçât de la Grande allée pour s’engager sur la route départementale qui conduisait à Limoges, Sébastien prit un sac, décrocha la clef, ouvrit la porte grillagée, pénétra à l’intérieur de la cage, etpendant qu’Adrian maintenaitla porte fermée, il saisit prestementla poule qui n’eut que le temps de se débattre en poussant des cris perçants et se retrouva dans le sac sans réaliser ce qui lui arrivait. Après avoir téléphoné à Jérôme pour lui donner le signal convenu, ils partirentsans plus attendre cette fois en vélo, le sac attaché sur le porte bagage de Sébastien et Adrian installé sur le cadre. Dans « sa camisole de force » La Roussette continuait à se débattre et à crier ; mais heureusementils arrivèrent sans encombre àl’entrée de la propriété voisine où Jérôme les attendait. La poule rousse passa très vite dans les mains de Jérôme « La suite de l’opération t’appartiens » déclara Sébastien « Porte- là tout de suite dans ta basse-cour, quant à nous nous allons rentrer pour attendre mes parents et leur apprendre qu’Adrian a voulu caresser La Roussette et qu’elle en a profité pour s’enfuir ».
Ils se séparèrent très vite. Il restait à raconter l’histoire de « la fuite de la Roussette »aux Vidalin. Et c’est là qu’Adrian manifesta ses dons de comédien ! Madame Vidalin refusa qu’il casse sa tirelire pour acheter deux kilos de poule en morceaux chez le volailler pour se faire pardonner « son imprudence »
- « Mais non, mais non,mon petit chou, ce n’est rien, ce sont des choses qui arrivent, ne te fais pas de souci, nous avons assez de poules dans le poulailler, nous en choisirons une autre et puis c’est tout, n’y pense plus mon ange, et puis ce n’est même pas la peine d’en parler à Madame Balachov, ça risquerait de la contrarier, ça n’en vaut pas la peine !» Elle se crut même obligée pour le consoler de lui préparer une tarte aux pommes, tant il paraissait contrit.
Tatiana très occupée par les préparatifs de Pâques avait complètement oublié qu’elle avaitpromis à Adrian de lui dévoiler le secret de l’œuf de Fabergé.
Il se garda bien de le lui rappeler. Il avait sauvé la Roussette avec l’aide de Sébastien et de Jérôme sansavoir à dévoiler son rêve étrange. Il détenait luiaussi « un secret » et de plus partagé avec Sébastien et Jérôme, un mensonge à cacher. Mais avecl’insouciancede son âge,quand il y pensait,il se répétait ce que disait parfois Tatiana« nul n’est parfait en ce bas monde ! ». Et tout bien réfléchi grâce au succès de la mission de sauvetage, il se disait qu’il n’était pas sinul que ça et peut-être même un tout petit peu parfait.
Et les Fêtes de Pâques se passèrent très bien ainsidansle meilleurdes mondes !
Mais, de retour à Paris,Adrianse rappela tout à coup que les douze œufs de la Roussette avaient été oubliés dans le panier d’osier et qu’ils avaient du finir en omelette.Ceci le tourmenta pendant quelques temps, puis avec la faculté que les enfants possèdent d’imaginer le meilleur au lieu du pire, il préféra penser qu’une autre poule de la basse cour avait du adopter les œufs orphelins, les couver et en faire naître des poussins. Il n’osa pas téléphoner à Zelda pour s’en assurer,et en conclusion, dans le doute,pour se consoler il se ditaprès tout j’ai sauvé la Roussette, c’est le plus important,et on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, la Roussette en pondra bien d’autres encore
Quand il reprit l’école la première leçon portait sur l’éclosion des petits poussins, Adrian fit un devoir parfait et obtint 10 sur 10, et en rentrant le soir il demanda à Nina en récompensede lui donner un œuf en chocolat qu’il croqua à belles dents.
- Ah! dit Nina, c’est le dernier que tu viens de croquer, il faudra m’accompagner demain chez le chocolatier pour en faire provisions, mais les Fêtes de Pâques sont derrière nous et j’ai bien peur que nous n’en trouvions plus.
-Ca m’est égal ! luirépondit Adrian, je téléphonerai à Zelda, elle enferaavec du chocolat noir, du chocolat blanc et du lait et elle me les fera parvenirparSébastien qui doit venir prochainement chez nous,et ils seront meilleurs que ceux du chocolatier.
Les nymphes de la nuit Ont parfumé les roses Sitôt se sont enfuies Avant qu’elles ne déclosent A l’aurore les fées Ont décoré les fleurs De perles de rosée Aux limpides couleurs
Dans un souffle léger Vibre le chantde l’oiseau Que vient accompagner Le murmure du ruisseau Est-ce un bel arc en ciel Qui irise les cieux ? Les rayons du soleil ? Ou mon regard joyeux ?
Les feuilles des arbres dansent Transparentes et légères Deleurs douces fragrances S’imprègnel’atmosphère Abeilles et papillons Tous insectes éphémères Dansent leur tourbillon En spirales légères
Dans ce jardin étrange J’étais comme en unrêve J’entendaisunbel ange Quime disaitsans trêve : « Vois tout est ordonné Dans la nature entière Tout nait, meurt et renait C’est là le grand mystère »
« Dans l’espace et le temps Se suivent les saisons Dans un grand mouvement De circonvolutions » « Et tout sous la conduite D’un grand maître secret S’affaire à la poursuite Du grand œuvre sacré »
« Pourquoite soucier D’aujourd’hui, de demain ? Toute l’éternité Contient tes lendemains Tous tes pas sont inscrits dans le livre sacré dans le grand manuscrit qui demeure secret
2) le matin
Et soudain en éveil J’allais d’un pas léger Saluer le soleil Tout hautà l’apogée drapé dans sa lumière mon matin commençait mon ange et ses mystères doucement s'effaçaient
La voute du ciel d’azur Scellait l’horizon bleu Je rêvais d’aventure De projets audacieux Je voulais m’évade Aller vers l'avenir Ne jamais m’égarer Et toujours revenir
Au pied de la colline La mer berçait ses eaux Sur ses vagues opalines S’éloignait unvaisseau Dans mes songes il voguait M’emportait en voyage et je m’émerveillais Captive de ses mirages
Ainsi passais-je des heures Enma lointaine enfance Aconstruire mon bonheur En defolles espérances Et je tendais les mains Dans l’espoir de saisir Les voilesde mon destin Que je voulais ouvrir
Mon enfance passée Un jour j’ai du partir L’avenir me pressait Et aussi mes désirs J’ai quitté le jardin Les nymphes et les roses Adieu mon beau matin Et ses métamorphoses
3) le jour
J’ai pris le grand vaisseau J’ai traversé les mers Emportée sur les eaux De bonheurs éphémères Sur de nouveaux rivages J’ai dirigé mes pas J’ai rencontré l’orage J’ai mené mon combat
Au détour d’un chemin Parfois je croyais voir Un délicieux jardin Ouvert à mes espoirs Et d’autres fois soudain Je trouvais un ruisseau Et je fermais mes mains Pour retenir son eau
Mais tout m’échappait Me laissant les mains nues Et le tempsm’emportait Dansun monde inconnu Tout n’était que mirages joies et désillusions Je reprenais voyage Vers d’autres horizons
Ainsi des jours passèrent Etmoururent des années Mes espoirs s’effacèrent Devant ma destinée Mais il m’arrive parfois Pour tromper mes chagrins En songe comme autrefois De revoir mon jardin
4) le soir
Au soir de ma vie Assagis dans mon cœur Mes désirs, mes envies Ne sont plus que douceur Le beau temps et l’orage Ne sont plus ennemis Jepoursuis mon voyage Recherchant l’harmonie
Ce sonttousmes secrets Qu’il faut tisser en croix Je n’ai plus de regrets Tout juste de la joie Et tout près de la lice de ma tapisserie Se trouve mon calice Pas tout à fait tari
Et mon ange me dit : « Il faut tisser encore Ce que tu vois ici C’est l’envers du décor A l’endroittes blessures Ont de belles couleurs J’ai lissé les froissures Qui chagrinaient ton cœur »
Du calice de ma vie Je bois le doux nectar Un jour viendra la lie Je l’espère assez tard Mon ange bienfaisant M’aide dans mon ouvrage Il sourit vigilant Et me dit « bon courage » !
Louis XVI a été guillotiné le 21 Janvier 1793 par les Forces sauvages révolutionnaires ( voir l'article précédent)
Voici reproduit ci-dessous le Testament d'un homme de foi, Louis XVI, Roi de France :
Testament de Louis XVI
25 décembre 1792
Au nom de la Très Sainte Trinité, du Père, du Fils et du Saint Esprit. Aujourd'hui, vingt cinquième jour de Décembre, moi, Louis XVIe du nom, Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille, de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l'issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser, je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.
Je laisse mon âme à Dieu, mon créateur, je le prie de la recevoir en sa miséricorde, de ne pas la juger d'après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice à Dieu, son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.
Je meurs dans l'union de notre sainte Mère l'Eglise Catholique Apostolique et Romaine qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de St Pierre auquel Jésus Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l'Eglise, les Sacrements et les Mystères tels que l'Eglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés.
Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus Christ mais je m'en suis rapporté et rapporterai toujours si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Saint Eglise Catholique donnent et donnèrent conformément à la discipline de l'Eglise suivie depuis Jésus Christ. Je plains de tout mon coeur nos frères qui peuvent être dans l'erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l'enseigne.
Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés. J'ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester, à m'humilier en sa présence. Ne pouvant me servir du Ministère d'un Prêtre Catholique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d'avoir mis mon nom (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l'Eglise Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de cœur. Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.
Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personne) ou ceux à qui j'aurais pu donner de mauvais exemples ou des scandales de me pardonner le mal qu'ils croient que je peux leur avoir fait.
Je prie tous ceux qui ont de la Charité d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.
Je pardonne de tout mon coeur, à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en ai donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle malentendu, m'ont fait beaucoup de mal.
Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma sœur, mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter de yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa Grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.
Je recommande mes enfants à ma femme, je n'ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux, je lui recommande surtout d'en faire de bons chrétiens et d'honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci (s'ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l'Eternité. Je prie ma sœur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.
Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donné dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.
Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu'ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissant de tous les soins et peines qu'elle se donne pour eux, et en mémoire de moi je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.
Je recommande à mon fils s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve ; qu'il ne peut faire le bonheur des Peuples qu'en régnant suivant les lois, mais en même temps qu'un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité nécessaire, et qu'autrement étant lié dans ses opérations et n'inspirant point de respect, il est plus nuisible qu'utile.
Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée envers les enfants ou le parents de ceux qui ont péris pour moi et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude, mais je leur pardonne (souvent dans les moments de troubles et d’effervescence on n'est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s'il en trouve l’occasion, de ne songer qu'à leur malheur.
Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un véritable attachement et désintéressé. D'un côté si j'étais seulement touché de l'ingratitude et de la déloyauté des gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux ou à leurs parents ou amis, de l'autre j'ai eu de la consolation à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes m'ont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remerciements. Dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.
Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation si je ne recommandais ouvertement à mon fils M. De Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi, avait porté à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j'ai eu tant lieu de me louer depuis qu'il est avec moi. Comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin, je prie Messieurs de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposées au Conseil de la Commune.
Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gènes dont ils ont cru devoir user envers moi. J'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur cœur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.
Je prie Messieurs de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l'expression de ma sensibilité, pour tous les soins et les peines qu'ils se sont donnés pour moi.
Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant lui que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancées contre moi.
Fait en double à la Tour du Temple le vingt cinq décembre mil sept cent quatre vingt douze.
Louis XVI, Roi de France et de Navarre (1774-1789) puis Roi des Français (1789-1792) né le 23 Août à Versailles et guillotiné par les autorités Révolutionnaires le 21 Janvier 1793 sur la place de la Révolution, ancienne place Louis XV, aujourd’hui place de la Concorde à Paris.
Le dernier jourde Louis XVIRoi de France
21 Janvier 1793
Cinq heures du matin, Cléry réveille le Roi comme il en avait reçu l’ordre. Louis XVI aussitôt se dispose aussitôt à entendre la messe.
La veille l’abbé Edgeworth de Firmont avait obtenu, à grandes peines des commissaires de la Commune, l’autorisation de donner au prisonnier cette dernière consolation.
Les ornements avaient été empruntés à une Eglise voisine, une commode disposée au milieu de la chambre sert d’autel, le roi profondément recueilli assiste au Saint Sacrifice, prie avec ferveur et communie.
La Messe terminée, LouisXVI fait ses adieux à Cléry et lui remetdifférents souvenir pour ses proches, un cachet pour son fils, un anneau pour la Reine Marie-Antoinette, un sachet renfermant les cheveux de toute sa famille et charge Cléry de leur faire ses adieux : « Cléry, dites à la Reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j’ai voulu leur épargner la douleur d’une séparation si cruelle. Combien il m’en coûte de partir sans recevoir leurs derniers embrassements. »
Le Roi essuie quelques larmes et ajoute douloureusement « Je vous charge de leur faire mes adieux »
Il avait été décidéque Cléry accompagne le Roijusqu’au lieu de l’exécution pour le déshabiller sur l’échafaud, mais cette disposition fût annulée et l’un des conseillers municipauxenavaitprévenuCléryavec une expression féroce en ajoutant : le bourreau est assez bon pour lui.
Depuis cinq heures du matin Paris estsous les armes, de l’intérieur de la Tour on entend battre la générale,les cliquetis des armes, le trépignements des chevaux, , le bruit des canons tirés sur les pavés .
A neuf heures lesportes de la Tours’ouvrent avec fracas ; Santerre accompagné demunicipauxentre à la tête de 10 gendarmes etles range sur deux lignes. Le Roi, qui se trouve avec son confesseur l’abbé Edgeworth de Firmont,sort de son cabinet.
-Vous venez me cherchez ? dit-il s’adressant à Santerre
-Oui, répond Santerre sans aucune marque de considératio
-Je vous demande une minute reprends le Roi.
Il rentre dans son cabinet dont il ferme la porte. Il se dirige vers son confesseur, se metà genoux : « Tout est consommé, Monsieur, donnezvotre dernière bénédiction et priez Dieu qu’il me soutienne jusqu’à la fin ».
Après avoir été béni le Roi se relève, et rentre accompagné de l’abbé dans la pièce ou Sancerre l’attend. Dans sa main il tient une lettre pliée, et s’adressantà l’un des municipaux le plus proche de lui, un ancien prêtre assermenté Jacques Roux, il lui demande :
-Je vous prie de remettre ce papier à la Reine, …. à mon épouse, se reprend- il aussitôt
-Cela ne me regarde point,répond Jacques Roux en faisant de la main un signe de refus
-C’est juste, réplique le Roi
Puis il se tourne vers un autre municipalet reprend :
-Remettez ce papier, je vous prie, à ma femme ; c’est mon testament, vous pouvez en prendre lecture, il y a des dispositions que je désireque la Commune connaisse.
Cléry présente une redingote au Roi, « Je n’en ai pas besoin,donnez moi seulement mon chapeau »
Couvert, il s’adresse alors aux municipaux :
-Messieurs, je désire que Cléry restât près de mon fils qui est accoutumé à ses soins ; j’espère que la Commune accueillera cette demande.
Il se tourne ver Santerre, le regarde et dit d’une voix ferme :
-« Partons »
Arrivé dans la première cour, Louis se retourne dignementdeux fois vers la Tour, commepour envoyer un dernier regard de regret, d’amour et d’adieu aux êtres si chers qu’il laisse derrière lui.
Un carrosse l’attend à la porte extérieure, il y prend placeau fond avec son confesseur. Deux officiers de gendarmerie qui ont reçu l’ordre de frapper le Roi au moindre mouvement de désordre qui pourrait se manifester sur le chemin, occupent le devant du carrosse.
Rappelons que desmesures exceptionnelles de sécurité renforcées sont en places à la suite du meurtre,survenu la veille au soir, de Lepelletier de Saint Fargeau, membre de la Montagne qui avait voté la mort du Roi. (Lepelletier de Saint Fargeau avait dîné chez un restaurateur duPalais,son repas fini il se dirigeait vers le comptoir, lorsqu’un homme s’approche : « Est-ce vous qui êtes Lepelletier ? »,sur la réponse affirmative l’homme reprend : « Vous avez voté la mort du Roi ? » .. « J’ai voté selon ma conscience » répond Lepelletier. L’homme, qu’on sût être par la suite un ancien garde du corps nommé Pâris,en un éclair de temps tire son sabre, le plonge dans le flanc du régicide Montagnard qui tombe frappé d’un coup mortel, pendant que sonagresseur se sauve à la faveur du tumulte.)
Les autorités révolutionnaires, la Commune, craignentaprès des révélations de sources sures, qu’un certain nombre de royalistes déterminés qui avaient juré de se dévouer à leur Roi, dont on dit qu’ils seraient de 400 à 500 fondent sur le trajet et enlèvent le Roi, ces craintes ne sont pas sans fondement quelques royalistess’en étaient ouverts à Monsieur de Malesherbes et àMonsieur de Firmont. Les autorités révolutionnairesredoutentaussi des mouvements de foule pendant le trajet et surtout au moment del’exécution une immense explosion de cris de grâce.
Pour se prémunir à tout prix de ces manifestations dès cinq heures du matin, comme dit plus haut, le tambour avait appelé aux armes, la garde nationale toute entière et la Commune a réuni sur les lieux de l’exécution une masse de « citoyens » sur lesquels elle peut compter pour neutraliser les citoyens qui auraient l’intention de soutenir le Roi.
Dans toute les rues que doit traverser le cortège funèbre et très au-delà la circulation est rigoureusement interdite, les habitants doivent rester dans les maisons et immeubles et ne pas se montrer aux fenêtres. Les comités et les sections tiennent des permanence prêts à donner des ordres à tout moment, de nombreux détachements armés occupent toutes les barrièrespour empêcher tout rassemblement armé ou non armé, entre dans Paris où n’en sorte, tous les quartiers sont surveillés par des hommes en armes, quelques rares boutiques sont entrouvertes, les autres sont fermées.
Toutes ces mesures empêchèrent les royalistes de se rassembler et sur les 4 à 500,25seulement peuvent se retrouver,les autres ne peuvent mêmepas sortir de leurs maisons.
La voiture est entourée d’une force imposante, elle avance entre deux haies épaisses d’hommes armés de fusils ou de piques, sans autres « spectateurs » que la population armée.
Le Roi très calmemuni dubréviaire de son confesseur lit la prière des agonisants. D’après ce qu’en rapporte les écrits du temps, les deux gendarmes le regardent silencieusement,étonnés de voir une pieuse sérénité illuminer son visage.
A dix heures un quart la voiture s’arrête place de la Révolution (place de la Concordede nos jours) devant l’échafaud dressé , tout autour de l’instrument de supplice un espace vide entouré de canons mèche allumée et au-delà à perte de vue une forêt de pique et baïonnettes. Un des bourreaux s’avance et ouvre la portière, Le Roi avant de descendre recommande son confesseur, qui a répandu sur ses dernières heures le réconfort de la religion, aux deux officiers qui occupent l’arrière de la voiture,et posant sa main sur le genoux de MonsieurEdgeworth de Firmont « Messieurs, dit-il, je vous recommande Monsieur que voilà ; ayez soin qu’après ma mort il ne lui soit fait aucune insulte. Je vous charge d’y veiller »
Louis descend de voiture, tout aussitôt trois bourreaux veulent lui ôter son habit, il les repousse avec fierté et l’ôte lui même, défait son col et sa cravate.
Les bourreaux s’approchent de nouveau etlui saisissent les bras.
- Que prétendez vous ? , leurdemande Louis avec vivacité
- Vous lier
- Me lier ! répond le Roi indigné. Non je n’y consentirai jamais. Faites ce qui vous est commandé, mais vous ne me lierez pas.
Les bourreaux semblent disposés à employer la force.
Louis XVI se tourne en chrétienvers son confesseur et l’interroge du regard.
- « Sire, lui dit en pleurant Monsieur de Firmont, cenouveloutrage est un dernier trait de ressemblance entre sa Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. »
Louis lève un regard douloureux vers le Ciel et prononce :
- « Assurément, il faut rien moins qu’un tel exemple pour me soumettre à une pareille humiliation, » puis regardant les bourreaux il ajoute « faites ce que vous voudrez, je boirai le calice jusqu’à la lie ».
Louis alors gravit les marches de l’échafaud appuyé sur son confesseur, le bourreau lui coupe les cheveux, louis tressaille légèrement. Puis il s’avance jusqu’au bord de l’estrade et imposantsilence d’un seul regard royal aux tambours rangés au pied de l’échafaud, il prononce d’une voix retentissante : « Français, je meurs innocent ; c’est au bord de la tombe et prêt à paraître devant Dieu que j’atteste de mon innocence. Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que mon sang ne retombe jamais sur la France … »
L’infâmeSanterre alors, avant qu’il continue, fait un signeet la voix du Roi de France est couverte par les roulements des tambours.
Les bourreaux attachent Louis sur la bascule et en quelques secondes très vite le tranchant de la guillotine met fin à son supplice.
L’ignoble exécuteur prend la tête, la lève en l’air, fait deux fois le tour de l’échafaud pour la montrer à la foule sordide des sans-culottes, seuls à qui l’approche de la place a été permise,qui répond en hurlant« Vive la nation ! Vive la République ! » etces forcenés, femmes et hommes, se ruent pour voir de plus près le cadavre de Louis, les uns trempent dans le sang leur baïonnetteset sabres, d’autres en imprègnent des mouchoirs comme pour en faire des talismanspour assurer la victoire contre tous les Rois d’Europe. Qu’ils promèneront ensuite dans Paris avec une joie féroce en criant « Voilà le sang du tyran !… »
Un homme monte sur l’échafaud et plonge tout entier son bras dans le sang coagulé pour en prendre d’épais caillots et en asperge par trois fois la foule profane, indigne, haineuse, qui se presse au pied de l’échafaud pour recevoir cette horrible consécration, comme les républicains l’avaient reçue par le sang répandu enseptembre.
Ce sinistre foule longue à se disperser, ira ensuite dans les rues de la ville en élevantles mouchoirstrempés du sang du roi avec une joie féroce en criant « Voilà le sang du tyran !
Ainsi périt Louis XVIà 39 ans, dans la 17me année de son règne, Louis XVI qui eut été le plus parfait des Rois, si les vertus et les qualitésdu croyant et de l’homme de bien qu’il était, eussent pu suffire sur le trône dans la crise du tempsoù le sort l’avait jeté.
Une soirée d'une douceur exceptionnelle pour la saison enveloppait Paris. Dans un ciel dégagé de tout nuage l'étoile de Noël scintillait et peu à peu les autres constellations entraient en scène.
Sous les arbres décorés de guirlandes et lumières multicolores, les passants s'attardaient devant les vitrines, plus tentantes les unes que les autres. Le Docteur Jean-Michel Bienvenu sortit de son cabinet médical accompagné de son assistante. Avec grâce il se pencha pour la saluer et lui souhaita un "Joyeux Noël", la jeune femme lui répondit de même et pressée d'aller prendre son train à la Gare de l'Est pour rejoindre sa famille en province, elle le quitta et disparut bien vite d'un pas vif et léger se fondant dans la foule.
Leurs relations se limitaient au travail qu'ils accomplissaient ensemble à longueur de journée et ils ne se connaissaient pas autrement que dans le cadre de leurs fonctions. Jean-Michel se dirigea vers sa voiture et avant toute chose ouvrit le coffre et vérifia et vérifia son contenu : champagne, vins fins, gâteaux, friandises, cadeaux pour les grands et jouets pour les petits, tout était parfaitement rangé; parfait ! tout était là, il n'avait rien oublié. Il devait passer la nuit de Noël chez sesparents où se trouvaient déjà l'attendant pour la fête ses soeurs et frères, nièces et neveux dans leur grande maison familiale de campagne, située à cinq heures de route de Paris.
Jean-Michel, 38 ans, était encore célibataire. Mince, élégant, avec un beau visage de style romain et de grands yeux noirs dorés au regard intelligent, il avait beaucoup de succès sentimentaux, mais aucune de ses conquêtes successives, qui lui procurait des plaisirs passagers, n'avait réussi à le stabiliser dans un mariage et pour le moment son esprit était tout entier occupé par les rhumatismes, les grippes et autres maladies de ses patients.
Mais ce soir était un soir merveilleux et il se sentait heureux d'aller retrouver les siens. Il s'installa au volant et dès que le moteur commença à ronronner une onde de plaisir l'envahit; il lui sembla qu'il entreprenait un voyage avec l'espoir d'un bonheur imprévu et comme il était secrètement rêveur et romantique, il eut l'impression qu'il s'envolait sur un tapis volant et magique.
A la sortie de l'Ile de France, il décida de ne pas prendre l'autoroute et se dirigea sur une route traditionnelle délaissée par le flux important des automobilistes, dans l'espoir de profiter à lui seul des paysages enchanteurs de la France profonde. La voiture roulait bien, les phares et les roues avalaient l'alphaste à 100 à l'heure, Jean-Michel écoutait le concerto n°5 de Beethoven, l'un de ses compositeurs classique favori, avec Mozart qu'il se réservait pour la suite du voyage. Une sensation de plaisir et de confort l'animait et le faisait planer un peu entre ciel et terre. Son esprit s'évadait loin des bobos coutumiers qui peuplaient son existence et il vivait enfin un de ces moments hors du temps ordinaire, où les contraintes s'effacent pour laisser place à la joie.
Il imaginait déjà le feu flamboyant dans la cheminée, lagrande table juponnée d'une belle nappe blanche brodée, recouverte de vaisselles et argenteries fines, les parfums délicats des mets, des pâtisseries et des fruits, et surtout les cris de joie et les embrassades qui l'accueilleraientà son arrivée.
Sous la clarté de la lune et des étoiles, on apercevait au loin, entre les ombres mystérieuses de la nuit, des maisons et des fermes éclairées où les habitants devaient se préparer pour la fête. Il était plus de 21 heures, Jean-Michel voyageait depuis un bon moment, encore deux heures et il serait rendu à destination. Il en était maintenant à la Flûte enchantée de Mozart, l'Air de l'oiseleur et l'air de la Reine de la nuit transformait sa voiture en Opéra roulant, tout était cool ! .....
Jean-Michel se surprit à siffloter joyeusement quand soudain il entendit un grincement sinistre et l'avant de la voiture s'affaissa brusquement!....Subitement dégrisé, il stoppa et armé d'une torche électrique il descendit pour examiner les dégâts.... La route était parsemée de gros clous qui avaient dû tomber d'un chargement et les roues avant ne les avaient pas ratés!....pour comble de malheur, Jean-Michel n'avait qu'une roue de secours... Que faire ? ....Il saisit son portable pour appeler à l'aide, mais comme un "os" n'arrive jamais seul, il s'aperçut que ce coin de campagne n'était pas couvert par le réseau. Pas une borne téléphonique à l'horizon, et tout autour le noir complet, plus de maisons éclairées. La campagne tout autour était couverte de neige, le silence le plus complet régnait. Jean-Michel s'installa sur le siège avant en espérant qu'une voiture passerait et que ses passagers lui porteraient secours.
Mais le temps passait et rien de rien n'arrivait. Une grande tristesse envahit peu à peu son coeur en pensant qu'il ne pouvait communiquer avec sa famille pour les rassurer. Quelquefois l'adversité est incontournable et tout ce qu'il pouvait faire c'était attendre un hypothétique secours. Il se sentit soudain très fatigué, s'endormit et commença à rêver. Dans son rêve une grande étoile scintillante entourée d'une auréole de lumière, qui ressemblait à une comète, se mit à traverser le ciel en se dirigeant vers la droite, et s'arrêta tout d'un coup au-dessus d'une grande maison blanche entourés de grands arbres décorés, qui ressemblaient à des arbres de Noël.
Il se réveilla enfin et malgré lui son regard se dirigea vers sa droite et la!... miracle, surprise, il aperçut une grande maison semblable à celle de son rêve, située à quelque mille mètres. Sauvé ... il ferma soigneusement les portières de la voiture et s'élança le coeur plein d'espoir à travers les champs. En approchant, il entendit des voix d'hommes, de femmes et d'enfants et pensa que la fête battait son plein. Un onde de chaleur l'envahit, il avança vers la maison et fût accueilli par le grognement modéré d'un vieux chien qui ne daigna pas toutefois sortir de sa niche. Avant qu'il n'avance la main pour frapper la porte, celle-ci s'ouvrit toute grande et, dans l'encadrement un homme élancé, encore assez jeune, auréolé de longs cheveux blond, lui fit signe d'avancer : Entrez!..Entrez!...vite.. vite …elle est prête, il faut faire vite, très vite ... dit l'homme le devançant dans la maison. Surpris, Jean-Michel entra à sa suite dans le hall, l'homme se retourna .... Mais qui êtes-vous ? Qui êtes-vous ? Nous attendions notre médecin, ma femme est en train d'accoucher avec quelques jours d'avance et nous avons laissé un message d'urgence sur le répondeur de notre médecin .... Je suis aussi médecin, expliqua Jean-Michel...ma voiture est accidentée sur la route et je venais chez vous pour demander du secours!....Ah! s'écria l'homme, il n'y a pas de temps à perdre, suivez-moi, vite, vite!.....
Tout en suivant le futur père Jean-Michel se trouva dans la salle de bains et sans perdre de temps se savonna soigneusement les mains et les avant-bras, demanda une blouse propre qu'il revêtit en grande vitesse, puis fût conduit au bout d'un long couloir, dans une grande chambre éclairée, où la future maman se trouvait allongée dans un grand lit recouvert de draps blancs immaculés. Le visage de la jeune femme était beau, régulier, rose et éclairé par une beau regard bleu doux et inquiet. Après un premier examen, Jean-Michel la rassura, tout était normal, mais il n'y avait pas de temps à perdre, les contractions se rapprochaient de plus en plus. La maman qui bien que jeune n'en était pas à son premier enfant, se laissait guider avec confiance par le médecin. Jean-Michel demanda au papa de faire préparer une alèze, du coton, de l'eau bouillie, une paire de ciseaux désinfectés à l'alcool et du fil de soie. Une jeune fille, la soeur de la maman, se tenait dans la grande salle à manger avec les enfants et les grands parents; elle fût chargée de ces préparatifs et lorsqu'elle entra dans la chambre quelques minutes plus tard,quelle ne fût pas la surprise de Jean-Michel de s'apercevoir qu'il s'agissait de son assistante en personne... Le monde est petit!... mais l'heure n'était pas aux explications. La naissance s'annonçait toute proche.
Le père allait d'une pièce à l'autre passablement agité. Tantôt il venait pour embrasser sa femme, lui caresser le front, lui prendre la main, tantôt il partait pour rassurer les grands parents et les enfants qui se tenaient dans la grande salle passablement inquiets et curieux de la progression de l'évènement, d'autrefois il s'activait à préparer le berceau qu'il laissait en plan pour aller se d"étendre un instant dans une autre pièce.....bref, pour calmer son angoisse, il faisait tout ce que font les futurs pères dans ces mêmes circonstances... Il avait peur des souffrances de sa femme et se sentait impuissant pour la soulager...Jean-Michel, assisté de la jeune fille, demeurait calme, mais soudain la jeune femme poussa un grand cri, se crispa sous une contraction et Jean-Michel ordonna méthodiquement : détendez vous Madame, courage, respirez, respirez, voilà c'est bien, poussez, poussez, poussez, bien, relaxez vous, respirez, poussez, poussez, je vois la tête du bébé !......
Quelques secondes après les pleurs et les cris caractéristiques d'un nouveau-né envahirent la pièce et un petit bonhomme, pas plus grand que trois pommes, atterrit en gesticulant et en poussant des cris perçants dans le grand lit blanc ... Le papa et la maman se mirent à pleurer de joie. Jean-Michel lia le nombril, coupa le cordon et soulevant le bébé par les pieds comme un trophée, il annonça fièrement : Félicitations, Madame, Félicitations, Monsieur, c'est un garçon!.... puis après l'avoir examiné, il déclara en riant "bon pour le service, cebeau bébé est parfait et en bonne santé ! " il confia le bébé à la jeune fille qui le baigna et l'habilla. Entre-temps, une grand mère avait fait la toilette de la maman délivrée, et elle trônait souriante, fière et heureuse comme une Reine, toute belle dans son grand lit, dans une belle chemise de nuit bleu clair à finesbroderies blanches, ses cheveux blond lissés sur la nuque, son regard bleu brillant d'une douce joie, attendant de recevoir le bébé dans ses bras, ce qui ne tarda pas. Le papa assis près d'elle admirait en souriant tendrement son nouvel enfant, blotti sur le coeur de sa maman, tout en caressant délicatement du bout des doigts la joue et les petites menottes fragiles du bébé.
Les grands-parents et les enfants rentrèrent dans la chambre pour féliciter les encore jeunes parents et surtout pour admirer l'enfant.C'était leur troisième enfant, les deux précédents étaient des filles, l'une de huit ans et l'autre de quatre ans.
Puisque notre garçon est né dans la nuit de noël, nous lui donnerons le prénom de Noël, annoncèrent les parents d'un commun accord en souriant au nouveau-né. Toute la famille réunie dans la chambre riait, parlait et pleurait d'émotion, puis les petites filles se mirent à chanter en l'honneur de leur petit frère "Il est né le divin enfant ..." tout ceci était spontané et la joie était grande dans les regards et dans les coeurs. Sitôt l'hymne terminé, la jeune fille prit le bébé, le berça doucement, puis le déposa dans son berceau avec des gestes délicats et beaucoup de tendresse.
Jean-Michel l'observait et soudain il remarqua pour la première fois qu'elle était plus que belle, ce qu'il n'avait jamais remarqué jusqu'à ce moment-là. A ce moment-là, tout le monde se retira dans la grande salle pour laisser se reposer la maman et le papa resta près d'elle. Pressé par les grands-mères de fêter Noël ensemble, Jean-Michel accepta et prévint sa famille par téléphone des évènements qui le retenait loin d'eux, tout en les assurant qu'il les rejoindrait le lendemain l'un des grands pères se proposant de l'accompagner en voiture.
Tout le monde alors se réunit autour de la grande table qui avait été dressée pour Noël, comme dans sa famille sur la nappe blanche brodée les vaisselles de porcelaine à filets d'or, les verres de cristal et l'argenterie scintillaient sous la lueur des chandeliers et les grands mères présentèrent les mets délicats; entrées faites de petits pâtés de viandes , foie gras, dinde rôtie à point, tendre salade, assortiments de fromages, corbeille de fruits frais et fruits secs, entremets, pâtisseries, tout avait été préparé à la maison selon les recettes traditionnelles et fût servi dans l'ordre, à chaque service les délicieux fumets des mets et le parfum des vins fins aiguisaient leur appétit, ils festoyèrent la joie dans le coeur, se parlant les uns et les autres, commentant les évènements et surtout la naissance, faisant plus ample connaissance, en prenant soin de ne pas trop faire de bruit pour ne pas déranger la maman et le bébé. Le papa ne pouvait s'empêcher de faire des allers et retours sur la pointe des pieds de la salle à manger à la chambre. Il se faisait tard, Minuitétait passé, le Père Noël qui avait assez attendu" sur le toit" devait descendre pour garnir les chaussures des petites filles, soigneusement rangées devant la grande cheminée, et sur un petit guéridon des friandisesétaient disposées pour lui en offrande pour le remercier et le réconforter de son long voyage.
Les fillettes furent priées de se retirer dans leur chambre, il était temps de dormir, et on leur recommanda d'être bien sages, mais avant de partir l'aînée des petites filles, soudain saisie d'une inspiration, s'empara d'une couronne de fleurs d'oranger qui trônait sous un globe et s'approchant de la jeune assistante elle la lui déposa comme un diadème sur ses beaux cheveux blonds tout en disant "c'est à toi maintenant de trouver un mari et d'avoir des enfants! ..", toutes l'assistance applaudit en riant et la petite espiègle s'esquiva comme une petite fée.....
La jeune fille devint toute rose de confusion et fût surprise en levant timidement les yeux de croiser le regard de Jean-Michel, fixé ardemment sur elle. Leurs regards confondus l'un dans l'autre s'illuminèrent et pendant quelques secondes qui leur parurent une heure, ils comprirent qu'ils étaient faits l'un pour l'autre et pour l'éternité.
C'est ainsi que quelques temps plus tard, au printemps de l'année nouvelle, Claire et Jean-Michel devinrent femme et mari et se promirent beaucoup d'enfants.
Aux dernières nouvelles, cette promesse est en voie de bonne réalisation puisque le ménage Bienvenu-Plessier attend son premier bébé pour le prochain mois de décembre. C'était écrit dans le ciel. Il était une fois ... Noël.
(Cette nouvelle a été écrite en 2003 par Lucienne magalie Pons : tous droits d’auteur réservés)
Décembre (du latin Decembris, dixième mois de l’antique année romaine, douzième mois de l’année grégorienne) dessine la dernière boucle d’une année où chacun aura vécu des joies et des peines, mais comme tout doit se terminer en beauté, la dernière semaine illuminée par les fêtes de Noël et le Réveillon de la Saint-Sylvestre, nous fera revivre l’éternel espoir d’un monde meilleur. Noël pour les chrétiens, c’est la fête de la foi, de l’espérance et de la charité, n’oublions de faire un geste d’amour, d’amitié et de paix à tous ceux que la solitude accable. Pour les non chrétiens c’est aussi une belle fête de famille. Dans la mesure du possible et de nos moyens, ouvrons notre table, et n’oublions pas qu’un sourire et des parolesde douceur font autant de bienqu’un cadeau de circonstance. .
Dans la nuit du 24 Décembre, le Père Noël, ce personnage mythique qui n’a pas fini de nous faire rêver, ne manquera pas de passer dans la nuit, chaudement vêtu dans sa houppelande rouge bordée d’hermine blanche, pour déposer les jouets et les friandises autour des petites chaussures déposées autour du sapin de Noël, et au matin du 25 décembre les petit enfants ravis et émerveillésen découvrant leurs cadeaux feront raisonner la maison de leurs cris de joie.
« Le Noël » c’est le jour ou les grands parents réunissent les petits devant la crèche pour leur raconter l’histoire de la naissance du petit Jésus :
« En ce temps-là, César Auguste, publia un édit pour faire dénombrer les habitants de la terre. Joseph et Marie partent de Nazareth pour se faire enregistrer à Bethléem ; Pendant qu’ils s’y trouvent enfin après un longue route, Marie enfante son fils, le lange et le couche dans la paille d’une crèche parce qu’il n’y avait plus de place à l’hôtellerie. Tout autour, les bergers dans les champs et sur la place veillent sur leurs troupeaux. Il fait très froid et certains d’entre eux lèvent les yeux au ciel. Soudain un Ange se présente et le ciel s’illumine d’une puissante lumière qui tout aussitôt les environne. Les bergers effrayés se serrent l’un contre l’autre : Ne craignez point leur dit l’Ange, je viens vous annoncer une grande joie, il vous est né un Sauveur qui est le Christ et le Seigneur, annoncé par les prophètes. Vous le reconnaîtrez à ce signe, il est enveloppé de langes et est couché sur de la paille, dans un crèche. Au même moment une multitude d’anges de l’armée céleste se joignit à l’Ange, louant Dieu et chantant « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté »… Les Bergers allèrent sous le ciel étoilé et trouvèrent le petit enfant dans la crèche à Bethléem., entouré de Marie et de Joseph. Après les avoir salué et s’être prosterné devant le petit enfant, ils se dispersèrent et racontèrent tout alentour aux habitants et aux voyageurs tout ce que l’ange leur avait révélé au sujet de Jésus. Dans ce temps qui était celui du Roi Hérode, les Rois mages d’Orient, Gaspard, Melchior et Balthazar, qui avaient vu une étoile une étoile scintillante dans le ciel qui pour eux était le signe de la naissance du Sauveur, se mirent en marche, vêtus de leurs habits royauxlamés d’or et d’argent, entourés de leurs femmes et de leurs enfants, suivis de leurs cortèges de serviteurs et de leurs caravanes de chameaux chargés de coffres remplis de riches tissus, de pierres précieuses et de parfums. Ils arrivèrent ainsi à Jérusalem et se présentant au Roi Hérode lui demandèrent : Ou est le Roi qui vient de naître ? … Nous avons vu son étoile depuis l’Orientet nous sommes venus pour l’adorer..Le Roi Hérode jaloux de son pouvoir et méchant de nature en fut troublé et questionna lui-même les prêtres sacrificateurs qui lui indiquèrent Bethléem d’après les anciennes écritures des prophètes. Le Roi Hérode alors convoqua les Rois Mages qui attendaient une réponse et leur dit en secret : Allez, prenez des informations exactes sur l’enfant et quand vous l’aurez trouvé, faites le moi savoir, afin que j’aille aussi l’adorer, assura-t-il faussement, car tout au contraire son intention était de le faire tuer par ses soldats.
Les Rois Mages se remirent en route guidés par l’Etoile Miraculeuse qui les précédait en parcourant devant eux le ciel, jusqu’à ce que étant arrivée au-dessus de la Crèche elle s’arrêta.
Saisis d’une joie miraculeuse, les Rois Mages entrèrent, virent le petit enfantentouré de Marie et Joseph, de l’âne et du bœuf, et de quelques bergers avec les plus petits de leurs agneaux. Ils se prosternèrent, l’adorèrent en priant et avant de repartir lui offrirent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Avertis en songe des mauvaises intentions du Roi Hérode, Les Rois Mages retournèrent dans leurs pays par d’autres chemins et partout ils annoncèrent la bonne nouvelle : "Il est né le Divin enfant "
MELCHIOR, un bel homme noir au visage épanoui et au corps d’ébène finement musclé, était installé depuis deux ans déjà avec sa femme Assetou et Melchior Junior leur bébé d’un an, dans un petit trois pièces du vingtième arrondissement de Paris.
L’appartement était coquet, bien tenu, la joie et le bonheur régnaient habituellement dans leur foyer. Mais en cette période difficile où le climat économique et social s’assombrissait, la reprise de l’emploi se faisait attendre et six mois consécutifs de chômage faisaient perdre à Melchior l’espoir d’une possibilité d’embauche rapide. Il recevait journellement des réponses qui pouvaient se résumer ainsi …… « Vos compétences et qualités professionnelles ne correspondent pas au profil du poste à pourvoir…. Nous vous engageons à poursuivre vos recherches en espérant qu’elles seront suivies de succès. » La lecture de ces lettres ternissait le moral de Melchior. Certes l’huissier n’était pas encore derrière la porte, il n’avait pas de dettes urgentes à régler, mais il redoutaitqu’un jour prochain les économies du ménage qui s’amenuisaient de jour en jour, ne suffisent à leur procurer un quotidien sans privations. Le coût de la vie suivait son cours ascensionnel, le loyer aussi. Les factures à venir, gaz, électricité, téléphone, les avertissements d’impôt, les cotisations d’assurances et mutuelle, toutes ces dépenses qui revenaient avec une régularité d’horloge, tournaient dans ses pensées comme des roquettes explosives à moyen terme, lui faisaientmonter l’adrénaline et « lui prenaient la tête », comme il le disait souvent à son ami Bébert, le patron du kiosque à journaux, avec lequel il discutait de leurs difficultés respectives. Bébert grognait toujours contre le Gouvernement et les impôts et Melchior contre le chômage, et tous deux s’entendaient à merveille pour refaire le monde en paroles, en attendant que « ça pète ».
Pour ne pas inquiéter les siens, Melchior prenait soin de garder en leur présence un calme apparent, un sourire affable,et jouait la détente. Mais le soir quand Assetou et le bébé se retiraient dans la chambre, il ne pouvait s’empêcher de reprendre la lecture de ces lettres en essayant de déceler les causes de l’échec de sa stratégie de recherche d’emploi. Déçu « il se creusait la cervelle» pour imaginer ce qu’il pourrait faire de mieux que d’éplucher les annonces des journaux, les sélectionner et y répondre sans oublier son C.V., et aussi de se rendre régulièrement aux convocations de Madame Poirette, Conseillère à l’ANPE, une jolie blonde à frisettes et lunettes, accueillante et souriante, qui l’aidait avec la meilleure bonne volonté du monde et des encouragements chaleureux, à remplir des questionnaires et des dossiers de demande d’emploi ou de stage, dont il n’entendait pratiquement jamais plus parler. Madame Poirette était presque devenue une amie et elle ne manquait jamais de demander des nouvelles d’Assetou et du bébé. Ceci le réconfortait et pour la remercier de sa gentillesse, il ne n’oubliaitjamais en partant de lui faire un sourire éblouissant de blancheur, ce qui laissait Madame Poirette dans de bonnes dispositions pour recevoir les autres chômeurs. Il y avait aussi le courant relationnel, les amis qui lui tapaient sur l’épaule en lui disant … « t’enfais pas Melchior, tout finit par s’arranger dans la vie » tout en promettant de l’avertir si une occasion se présentait, « au cas où … », mais pour le moment rien ne se déclenchait de ce côté-là non plus.
Melchior avait un caractère cartésien et logique, il ne croyait pas aux miracles, c’est pourquoi il ne manquait pas de faire une moue dubitative quand Assetou l’assurait, joyeuse et décontractée, qu’il trouverait sûrement un job parce qu’elle avait rêvé la nuit passée qu’il rentrait à la maison portant une couronne, comme un Roi, et qu’il lui offrait une corbeille de fruits. Assetou croyait dur comme fer à ses rêves prémonitoires qu’elle interprétait selon ses croyances ancestrales.
- « Ah !… tu es comme toutes les femmes, Assetou, » répondait-il en s’efforçant de rire, « tu n’es qu’une rêveuse et heureusement que moi, Melchior, je suis là pour faire tourner la maison en gardant bien ma tête sur les épaules ! »
Depuis qu’il était devenu papa, Melchior se comportait comme un ancien sage Régnant sur sa famille avec dévouement, il connaissait tout le poids de ses responsabilités et ne se laissait pas distraire par des espoirs incertains. Tout ce qu’il espérait c’était de décrocher rapidement un emploi d’informaticien (c’était son métier), équivalent au moins au précédent, mais cette fois en CDI « ras le bol des CDD », assurait-il en discutant avec Bébert. Melchior déçu et tourmenté reposa les lettres avec inquiétude et se décida à aller au lit, remettant au lendemain à tête reposée, le montage d’une nouvelle stratégie.
- « A la grâce de Dieu », dit-il, « la nuit porte conseil ! »
En entrant dans la chambre il se pencha sur le berceau. Melchior junior, sa tétine rejetée sur l’oreiller, souriaient aux anges. Puis, il contempla sa femme paisiblement endormie, belle comme une belle au bois dormant, déposa un léger baiser sur son front, éteignit la veilleuse et s’étendit sans bruit à son côté, en espérant que le sommeil calmerait son désarroi. Pendant quelques minutes encore il rumina ses contrariétés et les difficultés à surmonter, mais au bout d’un moment entendant le rythme régulier de la respiration de son épouse, il finit par sombrer dans les bras de Morphée. Contrairement à Assetou la Rêveuse, comme il l’appelait pour la taquiner, Melchior ne rêvait presque jamais. Il en fût tout autrement cette nuit là. Après un sommeil agité, vers les six heures du matin, Melchior se retrouva par la magie des songes, dans son village africain, situé à l’orée d’une immense forêt, assis devant la case